Le calvaire du petit rocher

En 1852, L’abbé Bonnet*, mit à exécution un projet qu’il mûrissait depuis longtemps: l’érection d’un calvaire monumental. Il fit l’acquisition d’un terrain situé au Petit Rocher de Mouilleron. Sur ce terrain existait la tonnelle d’un moulin brûlé pendant la Révolution. Il en fit disparaître les restes et fit enclore de murailles une enceinte de 21 mètres de diamètre, au milieu de laquelle il se proposa de poser sur un piédestal une Mater Dolorosa. Il fit ménager un seul roc dans lequel il planta le fût de la Croix.

Pour ce calvaire des Rochers, M. Bonnet acheta le plus bel arbre du pays et un Christ en fonte de plus de 2 mètres.

La renommée de ce calvaire fut telle que le 31 mai 1852, jour de sa bénédiction, on évalua à plus de 6000 le nombre de personnes présentes.

Sur la place de l’église 250 hommes formèrent un carré et portèrent la croix. 150 garçons portaient des oriflammes roses et 250 filles en blanc portaient des oriflammes bleues. Le brancard du Christ était entouré de 30 garçons de 5 à 6 ans, habillés de blanc et couronnés de fleurs. Le brancard de la Vierge était entouré de 24 petites filles de même âge portant des oriflammes bleues. 38 prêtres entouraient l’abbé de Lespinay, vicaire général.

La croix fut hissée sans accident.

Par une lettre du 10 juin 1852, Monseigneur Bailles accordait 40 jours d’indulgence (Grâce aux indulgences, les péchés des catholiques vivants ou au Purgatoire, pourraient être pardonnés). à ceux qui iraient y prier mais aussi à ceux qui la saluant de loin réciteraient un Pater et un Ave.

L’état actuel du calvaire est du au cimentier M. Madras qui remplaça l’ancien calvaire en bois par une croix en béton armé en 1925.

La renommée de ce calvaire fût telle qu’elle pourrait expliquer le choix d’Alphonse de Châteaubriant** d’y situer l’une des scènes primordiales de son roman Monsieur des Lourdines*** qui obtint le Prix Goncourt en 1911.

Tout laisse à penser que ce roman fut inspiré de la terrasse de la cité des livres dont le propriétaire René Valette semble être le modèle du héros de ce roman récompensé.

* Basile Bonnet (1802–1870), curé de la paroisse de Mouilleron-en-Pareds de 1828-1859, passionné d’histoire et de beaux-arts est à l’origine de nombreux édifices et réalisations, construction du séminaire Saint-Sauveur (1839) sur la commune voisine de Saint Germain l’Aiguiller, érection de la croix du cimetière et du calvaire des rochers, création de l’école et de la Chapelle des religieuses, installation du carillon du clocher et reconstruction de l’église (forme actuelle).

Il est représenté dans le vitrail de la Chapelle de la Vierge dans l’église de Mouilleron-en-Pareds près de mademoiselle Lucille Barrion, bienfaitrice, devenue l’héroïne d’une nouvelle (Mlle Stéphanie) pleine de malice de Georges Clemenceau dans « Figures de Vendée ».

** « Alphonse de Brédenbec de Châteaubriant (1877-1951), breton du Pays nantais, avait vécu une partie de sa jeunesse dans le bocage vendéen, au château de la Motte. Cette région de petits prés enclos de haies, de chemins creusés par les charrois, ce bocage qui sent l’herbage et le laitage, devait le marquer à jamais. Sans doute plus connu pour son roman « La Brière »(1923), Alphonse de Châteaubriant jouera un grand rôle, entre les deux guerres mondiales, pour une renaissance de la littérature provinciale et sera placé sur le même plan que Ramuz (du Pays vaudois), Henri Pourrat (de l’Auvergne) et François Mauriac (du Bordelais). Ce solitaire marqué par les horreurs de la guerre de 1914 n’aura qu’un seul ami, Romain Rolland, auquel Monsieur des Lourdines est dédié. Curieuse destinée que celle de ces deux pacifistes qui, à l’orée de la Seconde Guerre mondiale, vont se retrouver embrigadés dans les pires idéologies. Comme on le sait, Romain Rolland rejoindra le stalinisme et Alphonse de Châteaubriant le national-socialisme. Pendant l’Occupation allemande, Alphonse de Châteaubriant présidera le groupe Collaboration et dirigera l’hebdomadaire La Gerbe. Condamné à mort par contumace en 1945, Alphonse de Châteaubriant disparut dans les montagnes du Tyrol et mourut incognito à Kitzbühel le 2 mai 1951. »

Gens de Vendée

Des romans d’action et des romans à personnages par Michel Ragon

Omnibus, 1996

Ses œuvres romanesques sont ensuite entrées au purgatoire littéraire. Représentatives des canons d'une époque, elles ont été marquées du sceau d'infamie, même si la plupart ne portent aucune trace d'engagement ou de propagande.

*** « Monsieur des Lourdines, publié en 1911, obtint le prix Goncourt la même année. Le prix Goncourt privilégiait en effet à ses débuts une littérature populaire et régionaliste, comme en témoignent les lauréats de 1904 (Terres lointaines d’Emile Moselly), de 1910 (De Goupil à Margot de Louis Pergaud) de 1913 (Le peuple de la mer de Marc Elder, qui a pour cadre l’île vendéenne de Noirmoutier). »

Gens de Vendée

Des romans d’action et des romans à personnages par Michel Ragon

Omnibus, 1996