Les trois tombes

«Je ne veux pas être enterré dans le caveau des gouverneurs aux Invalides, comme le général Giraud, comme Leclerc. Je veux que nous soyons ensemble en Vendée. Puisque Bernard est à Mouilleron, nous serons tous les trois dans le même cimetière».

« En juillet 1951, Jean de Lattre savait où il allait reposer. Durant cet été, il fit creuser deux caveaux, de part et d’autre de celui de Bernard

Simonne de Lattre, Jean de Lattre mon mari, 1945-1952, Presse de la Cité, 1972

 

 


Bernard de Lattre ( 11 février 1928-30 mai 1951)

Le 3 septembre 1943, il participe activement à l’évasion de son père, condamné à 10 ans de prison pour trahison et emprisonné à Riom.

Engagé volontaire à 16 ans, il est affecté au 2e dragons, il débarque en Provence en août 44. Gravement blessé à Autun le 8 septembre, il recevra la médaille militaire et ses galons de brigadier.

Après plus de 6 mois de convalescence, ce n’est qu’en février 45 qu’il lui sera permis de participer à la Campagne d’Allemagne à bord de son char, il est tireur.

Nommé Maréchal des Logis, il entre à Coëtquidan au titre de l’EMIA en août 1945.

A la sortie de Saumur ou il a obtenu son brevet de pilote civil, il est nommé sous-lieutenant et affecté au 4e cuirassiers à Mourmelon.

En 1er juillet 1949 il embarque à Marseille pour l’Indochine. il est nommé au 1er régiment de chasseurs à cheval blindé. Il devient très rapidement chef de peloton et chef de poste territorial dans une région du Delta qui borde la zone rebelle vietminh. Il est chargé de contrôler 15 villages représentant 20 000 habitants dont la plus part sont « suspects»

En mai 1951, il commande le 8e escadron composé de jeunes vietnamiens qu’il doit former avant qu’ils ne rejoignent l’armée nationale que son père Jean, alors commandant en chef en Indochine, veut créer.

Bernard avait alors à son actif plus de 20 mois de rizières, il pouvait prétendre à un peu de repos, un emploi plus sédentaire. Son père lui-même avait insisté pour qu’il accepte un stage d’appui aérien qui le retiendrait hors des premières lignes…Mais Bernard lui répondait toujours :

« Je tiens à avoir jusqu’au dernier jour de ma campagne en Indochine une place dont personne ne puisse dire qu’elle m’a été donnée par protection »

A 23 ans, il est mort au combat sur le rocher de Ninh-Binh.

 

Simonne de Lattre de Tassigny née Calary de Lamazière (7 novembre 1906-3 juin 2003)

Simonne Calary de Lamazière appartenait à une famille d’origine corrézienne.

C’est en Vendée, à l’île d’Yeu, en septembre 1926, lors d’un séjour à Saint Michel Mont Mercure chez Jean de Tinguy du Pouët, un collègue de son père à la Chambre des Députés, qu’elle fait la connaissance de Jean de Lattre de Tassigny de 17 ans son aîné.

Le mariage est célébré à Paris le 22 mars 1927 à Saint Pierre de Chaillot. Parmi ses témoins se trouvait le commandant Alphonse Juin, futur maréchal de France.

« Pendant 25 ans elle sera pour lui une collaboratrice précieuse, un élément de stabilité, de solidité qu’aucune épreuve n’entamera, le point d’amarre inébranlable et nécessaire à ce navire de haute mer qui va affronter tant de tempêtes. Elle sera toujours une lumière indiquant la bonne route, brillant doucement dans l’ombre de son grand homme mais le fortifiant de sa présence et se fortifiant soi-même jusqu’aux heures où elle apparaîtra soudain au pays tout entier avec la double flamme de son sacrifice »

Bernard Simiot

 

En 1942, elle participe avec son fils à l’évasion de son mari de la prison Riom.

A la mort de son mari, devenue la Maréchale de Lattre de Tassigny, elle assurera, à 46 ans et jusqu’à sa mort, sans faillir, tout ce que ce titre comporte de devoirs et d’obligations, et, en particulier, la présidence d’honneur de l’association « Rhin et Danube », service social de la première armée, créée par le général.

En 1951, elle inaugure à Wildenstein, en Alsace, un centre de repos qui portera le nom de son fils  Bernard de Lattre.

En 1954, elle crée la « Fondation Maréchal de Lattre » destinée à apporter une aide matérielle et morale aux soldats, victimes de guerre et aux familles de tués.

Avec la Fondation, elle est à l’origine du centre d’accueil du château de Bourneau en Vendée destiné aux malades de « Rhin et Danube », aux parents de tués en Algérie et, en dernier lieu, aux réfugiés d’Indochine qui peuvent y suivre des cours d’alphabétisation et un recyclage professionnel.

En 1956, à la mort de Roger de Lattre, son beau-père âgé de 101 ans, plus vieux maire de France, elle reprend jusqu’en 1977 la responsabilité de la mairie, poursuivant une tradition familiale remontant à 1817.

Elle fut un précurseur en matière de village fleuri, de voirie. Mouilleron-en-Pareds lui doit la piscine, le terrain de football, la création d’un Syndicat d’initiative.

En 1959, avec le soutien d’André Malraux alors ministre de la Culture, c’est un musée évoquant les « deux victoires », celle de Clemenceau et celle de De Lattre de Tassigny qu’elle inaugurera.

En 1990, avec l’aide du département de la Vendée, elle crée l’Institut Vendéen Clemenceau-de Lattre, association qui a pour but de perpétuer la mémoire de ces deux grands Français nés à Mouilleron et de constituer un fonds documentaire.

Après sa disparition, une cérémonie religieuse eut lieu en l’église Saint Louis des Invalides suivie d’un hommage rendu dans la cour d’honneur sous la présidence de Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre. Après une cérémonie religieuse en l’église Saint Hilaire de Mouilleron-en-Pareds suivie d’un hommage organisé par le Conseil Général et les instances civiles, militaires et religieuses de la Vendée, la maréchale de Lattre de Tassigny sera inhumée auprès de son mari et de son fils le 11 juin 2003.

Depuis le 11 juin 2003, Simonne Calary de Lamazière (décédée le 3 juin 2003), épouse de Jean de Lattre, Maréchal de France, repose près de son mari et de son fils unique dans le cimetière du village.