La stèle de la base Maréchal de Lattre d'Aïn Arnat

Cette stèle a été érigée par le commandant Marceau Crespin et le groupe d’hélicoptères n°2 sur la base Maréchal-de-Lattre à Aïn Arnat, département de Sétif en Algérie, en 1957. Retirée en raison de la guerre d’indépendance, elle est transférée en 1962 en Alsace au Centre Bernard de Lattre de Wildenstein.

Une réplique de cette stèle de marbre blanc se trouve sur la place de Mouilleron.

Elle comporte un médaillon de bronze représentant le Maréchal de Lattre, signé P.Thurin.

Une très grande partie de l’article de Gaston Bonheur (1913-1980) [ né à Floure (département de l’Aude), fondateur du journal surréaliste Choc. Ce «romancier-viticulteur» a été également directeur de Paris-Match] intitulé «La France rend les honneurs au Maréchal de Lattre» (Paris- Match n°149, 26 janvier 1952) y est gravé.

Il avait cette noble figure promue aux médailles. Son profil importait plus que sa face, car il était fait pour les défilés de victoire. Il appartenait à cette race du héros français qui vit de plain-pied dans la légende et compose, à chaque tournant de sa carrière, un sujet de tableau; Il parlait naturellement la langue des communiqués où l’on voit les aigles voler de clocher en clocher et les archanges disparaître en plein ciel de gloire. Il était, au beau milieu du XXe siècle, la preuve vivante de ce miracle de la patrie qui a fait, au cours des âges, d’une bergère une sainte chevalière, d’un galopin le roi au panache blanc. Il naissait avec un nom de connétable au berceau de Clemenceau. Le destin l’avait choisi et ce destin, comme un imagier d’Epinal allait se plaire à l’appeler aux premières lignes de l’épopée, à le confronter avec les hauts lieux de l’Histoire, à semer sous ses ailés l’île d’Elbe, le siège de Toulon, Belfort, Colmar, Strasbourg, les rives du Rhin et celles du Danube. On eût dit que de Lattre n’était là que pour revivre à grandes foulées, dans des plus fameux capitaines, toute l’Histoire de France que l’on avait pu croire un instant finie. Le destin réservait à ce nouveau Condé l’honneur de refaire en Alsace la campagne du grand Turenne. Le destin comblait ce nouveau preux en lui donnant pour compagnon d’armes, sur le chemin de la victoire, le prestigieux Leclerc, le chevalier à la canne, l’homme de proue de la 2e D.B.
Mais tant de gloire ne suffirait pas à justifier l’émotion profonde qui bouleverse le pays. On salue les héros, on pleure les martyrs. Le chef de la 1re Armée française serait mort il y a un an, la France aurait été frappée au front, elle ne l’aurait pas été au cœur. Il fallait des épines à la couronne de lauriers. De Lattre de Tassigny, au comble des honneurs allait se grandir encore en acceptant la responsabilité de la plus ingrate des batailles, celle des rizières et des clochers autour de Hanoï. Il avait jusqu’alors galopé avec la chance. Il acceptait de tourner bride et s’offrait à l’auréole du malheur. Le destin, si généreux en palmes à son égard, n’allait pas lui mesurer les larmes. Il connaîtrait la suprême griserie de ranimer l’espoir et de rappeler la victoire par sa seule présence aux avant-postes du Tonkin. Il connaîtrait la peine suprême de perdre son fils unique à la pointe des combats. Le sang du jeune Bernard, versé sur un rocher à l’autre bout du monde, ajoutait à la prestigieuse carrière du général de Lattre son plus haut sommet, celui du calvaire.