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La biographie de Jean de Lattre en quelques dates

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Jean DE LATTRE

2 FEVRIER 1889-15 JANVIER 1952

 

Jean de Lattre 1951

EDUCATION ET FORMATION 1889-1911

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE 1914-1917

LE REPOS DU GUERRIER 1919-1924

LA MATURITE 1926-1938

NE PAS SUBIR 1939-1945

LE THEORICIEN 1945-1948

LE DERNIER SACRIFICE 1950-1952

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2 février 1889

naît à Mouilleron en Pareds

Jean, Joseph, Marie, Gabriel de Lattre de Tassigny est né à Mouilleron-en-Pareds. Il est le fils de Roger, Joseph de Lattre de Tassigny et Anne, Marie-Louise Hénault, domiciliés à Mouilleron.

 

Les arrières grands-parents de sa mère Anne ont une histoire remarquable que Madame la Maréchale de Lattre aimait souvent rappeler:

 

Le 2 brumaire, l’an III de la République une et indivisible, à une heure du matin, devant moy [...] ont comparu [...] Jean-François Hénault, gendarme de Paris, originaire d’Illiers, domicilié à Rennes, d’une part, et Rosalie Duchesne, fille majeure de Florent Duchesne et de Geneviève Jouvancourt, originaire de Fontenay-le-Peuple, département de la Vendée [...] sont unis par la Loi (1)

 

Il s’agissait d’une « régularisation »: quelques mois auparavant, le garde national Hénault gardait l’échafaud sur la place de Fontenay-le-Comte. Emu de voir la jeune aristocrate Rosalie Duchesne de Denant gravir les marches de la guillotine (le 10 février 1794), Jean-François déclara devant le tribunal révolutionnaire qu’elle était sa compagne et l’accueillit le soir même chez lui. Les filles nobles pouvaient en effet échapper à la mort en accordant leur main aux sans-culottes qui demandaient à les épouser. Dès sa nouvelle affectation à Rennes, il épousa Rosalie et le couple se retira, plus tard, à Mouilleron-en-Pareds. (2)

 

Anne-Marie Louise Hénault, arrière petite fille du citoyen Hénault et de Mlle Duchesne de Denant, épousera Roger de Lattre de Tassigny le 28 juillet 1885. Ils auront une fille, Anne-Marie, en 1887 et un fils, Jean, en 1889.

 

Roger Joseph de Lattre de Tassigny est issu d’une ancienne famille flamande, dont les origines sont attestées depuis Jean de Lattre qui vécut de 1350 à 1420 et qui fut au service des comtes de Flandre. De cette lignée, suivent, pêle-mêle, traversant les décennies, des baillis d’Ypres, de Bergues, de Furnes, de Gand, un échevin de Lille, un bailli de la chambre du duc de Bourgogne, des hommes d’épée aussi. Tassigny -un fief situé aux environs de Guise où un Lambert de Lattre fut échevin - s’ajoute au patronyme familial au début du XVIIIe siècle. Cette adjonction correspond sensiblement à l’installation de la famille en Poitou. Puis l’on retrouve un Antoine de Lattre, tué en 1792, dans l’armée de Condé, un Laurent de Lattre, page de la duchesse d’Angoulême puis sous-préfet de Châtellerault sous la restauration.

 

[…] Mariés en 1885, les parents se fixent un moment à Poitiers, près de Savigny-l’Evescaut où habitent les parents de Lattre. Très vite, ils se partagent entre Poitiers, de Noël à Pâques, puis à Mouilleron-en-Pareds pour le reste de l’année. Il est vrai que Roger de Lattre a choisi de servir son village d’adoption : la mairie lui est promise qui devient une authentique affaire de famille. Si l’on y regarde de près, le premier de la lignée est Alexis Mosnay, maire depuis 1817 et qui signa l’acte de naissance de Georges Clemenceau. Le deuxième est son gendre, Jules Hénault-Duchesne. Il reprend l’écharpe tricolore en 1859 ; il la conservera cinquante-deux ans et sera le doyen des maires de Vendée. Le troisième est encore un gendre, c’est Roger de Lattre, maire depuis 1911, jusqu'à sa mort à 101 ans, en 1956, et à ce titre, doyen des maires de France (3)

 

Madame la maréchale de Lattre de Tassigny - épouse de Jean de Lattre - sera maire de 1956 à 1977.

 

Le 2 février 1889, qui est un dimanche, la nouvelle court vite dans le bourg, d’autant qu’elle se répand à l’instant où les cloches carillonnent le Sanctus, peu avant que les fidèles quittent la nef : il y a une seconde naissance chez les enfants de Monsieur le Maire, un garçon, cette fois. Et il serait né coiffé ; sous les meilleurs auspices possibles donc, estiment immédiatement les dames bigotes de la paroisse, comme la jeune mère d’ailleurs, très pieuse. Etre né coiffé, c’est venir au monde avec une partie des membranes fœtales recouvrant la tête ; la sagesse populaire voit là l’annonce du bonheur. (3)

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octobre 1898

entre au collège Saint Joseph à Poitiers

Pour que le petit Jean reçoive une éducation, il aura aussi des gouvernantes successivement prussienne et bavaroise. Pour le latin c'est l'affaire du curé de Mouilleron, le père Guinardeau ; l'abbé Dion l'initiera au grec. Marcelline Sarrasin, l'institutrice du village lui apprend l'orthographe, la grammaire et le calcul. Roger de Lattre en père sévère regarde de près les bulletins tandis que sa mère lui fait réciter les leçons.

« Une enfance protégée, modelée par trop de présences féminines, celle de sa mère, de sa grand-mère, de ses gouvernantes allemandes » écrira un de ses biographes, Jean-Luc Barré.

Stimulé sans cesse par son père et sa mère, il ne s'en amuse pas moins avec les gamins du village.

 

Comme il est entendu que les grands hommes ont toujours eu des mots d'enfant prophétiques, tenons pour vrai qu'à l'âge de sept ans il répondra à quelqu'un qui lui demandait ce qu'il ferait plus tard : "Moi, je serai général ou pape."

 

Le 1er octobre 1898 son père, Roger de Lattre, l'accompagne au collège Saint Joseph de Poitiers, là où il avait été lui même élève une trentaine d'années auparavant. C'était un des plus beaux établissements scolaires de la France d'alors. Les classes, les salles d'études, les dortoirs s’ouvrent largement au grand air et au soleil et il est probablement un des très rares collèges dont les cours de récréation donnaient sur un parc au milieu duquel une piscine avait été aménagée.

 

Le jeune Jean de Lattre entre au collège Saint Joseph en octobre 1898 et il va et rester en six ans, jusqu'en 1904. La vie est stricte dans cette maison d'éducation austère. Le lever est fixé à 5 heures et le coucher à 20 heures. Pour un garçon de neuf ans le contraste est brutal avec la vie précédente.

 

[…] Préside à la vie du collège un personnage : le père Emmanuel Barbier et professait que l'enseignement est d'abord affaire d'éducation de la volonté, formation du caractère, l'élévation de l’âme, et qu'une tête bien faite est supérieure à une tête bien pleine et qu'il fallait préparer pour la France de demain des hommes décidés, courageux, intransigeants, fiers de leur foi, généreux, propres de cœur et de corps.

 

[…] Le père Barbier était une sorte de combattant, un apôtre de la jeunesse, et un metteur en scène, ce terrible recteur qui faisait trembler, faisait aussi apporter des rafraîchissements au milieu de leur cours quand il savait ses élèves fatigués. Autant de traits, d'aspects, de gestes qui enchantaient le jeune de Lattre et le marquèrent si profondément qu'il utilisera plus tard des méthodes de commandement similaires. Plus tard, colonel ou général commandant en chef de la 1re armée française, il mettra un soin méticuleux à s'occuper du bien-être de ses soldats. Il n'est pas interdit d'imaginer que parmi les ombres de ses maîtres à penser, à commander, celle père Barbier lui chuchotera les impératifs de sa jeunesse émerveillée.

 

En 1904, prix d'excellence et de mathématiques, il est reçu aisément à son baccalauréat de rhétorique, en série A, bachelier à quinze ans et demi.

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1904

entre à l'Ecole de la rue Vaugirard (Paris) en classe de philosophie

1906

réussit l'écrit du concours d'entrée à Navale mais ne se présente pas à l'oral pour raison de santé

1907

prépare Saint-Cyr à Sainte Geneviève

1908

est admis à Saint-Cyr et est incorporé à Provins

1911

sort de Saint-Cyr et entre à l'Ecole de Cavalerie de Saumur

Lorsqu'il rend son uniforme et quitte Saint Joseph, il emporte dans sa giberne le goût du beau, du faste, de l'action sociale et la rigueur est une foi qui ne le quittera jamais. L'heure du choix arrive bientôt chez un jeune homme doué. Sera-t-il général ou pape ? Il a changé le jeune Jean : il s'imagine plutôt amiral et ce depuis 1903 ; nul ne saura jamais pourquoi.

 

[…] Pour l'immédiat, il va faire sa philosophie puis intégrer une classe préparatoire à Navale, rue de Vaugirard à Paris. L'école de Vaugirard, n'est guère différente de Saint Joseph, même horaires stricts, même discipline rigoureuse, messe chaque matin, salut le soir. Le préfet des études qui est aussi son professeur d'histoire, Henri de Gaulle, est surnommé « le vicomte » par ses élèves. Son fils Charles est aussi élève.

 

[…] L'écrit de l'examen d'entrée à Navale est un succès, nul n'en doutait. La suite est plus éprouvante pour le jeune homme : il ne pourra se présenter à l'oral ; il est malade. Il souffre d'une paratyphoïde, ce qui n'est pas une mince affaire au début du siècle. (3)

 

Il ne sera pas officier de marine.

 

Il entre à Sainte-Geneviève en classe préparatoire et en juillet 1908, il est reçu 4e sur deux cents à l'école spéciale militaire de Saint-Cyr. Son rang d'admission lui permet de choisir son arme de prédilection, la cavalerie.

 

Selon une règle imaginée au lendemain de la défaite de 1870, un Saint-Cyrien doit passer une année en corps de troupe avant de rejoindre l'école. Jean de Lattre de Tassigny passera sa première année sous l'uniforme comme simple soldat au 29e Dragons de Provins. Le 3 octobre 1908 il signe son engagement dans l'armée devant le maire de Fontenay-le-Comte en Vendée (3)

 

Classé 4e à l'entrée, il se retrouva 4e avant-dernier à la sortie d'une promotion de 209 élèves nommés officiers. (2)

 

C'est ainsi que, pour avoir trop nettement affirmé son caractère et surtout s'être un peu trop écarté de la morale, Jean de Lattre a déconcerté. Il n'est pas sûr, pourtant, que le sous-lieutenant de Lattre ait perdu son temps : il s'est préparé au métier d'officier à sa façon, sans accepter de passer par le moule mais sans échapper totalement aux enseignements donnés, aux traditions transmises. Il est acquis qu'il a suivi avec intérêt les événements diplomatiques et politiques de son temps, c'est-à-dire la marche lente mais certaine vers une nouvelle guerre.

 

En octobre 1911, il prend la route de l'école de Saumur. Mais il ne fut pas subjugué par cette formation qui lui paraît « démodée ». Ses instructeurs noteront : « Ce cavalier à l'esprit fier et cultivé, au tempérament artiste, pourrait bien faire s'il orientait ses aptitudes vers le métier militaire »

 

Fin septembre 1912, le sous-lieutenant Jean de Lattre se présente au colonel commandant le 12e Dragons du régiment de Pont-à-Mousson. Il est au plus près de la frontière. Il prépare ses hommes aux futurs combats. Il multiplie les exercices et les patrouilles ; les entraînent au combat à la lance contre des mannequins déguisés en cavaliers allemands, leur fait découvrir le terrain. Le régime est rude ; le Lieutenant ne ménage pas ses hommes, il les veut prêts pour le combat et ne s'accommode pas du laisser-aller et de la mollesse. Tous les dragons comprennent ce qui les attend : ils seront en couverture de la frontière, les tout premiers engagés lorsque la guerre éclatera.

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Education et formation
1914

part au Front avec le 12e Dragons

De Lattre ne sera guère un lecteur assidu, comme un très grand nombre de français de sa génération, et pourtant influencé par les textes de Barrès. Il fait partie des « jeunes gens d'aujourd'hui » : « Levez-vous orages désirés », tel est le vœu de nombre d'entre eux qui disaient « préférer la guerre à cette perpétuelle attente ». « La renaissance de l'orgueil français » et « l'inexorable question de l’Alsace-Lorraine » rapprochent Péguy de Maurras, Psichari de Barrès qui vient de publier La colline inspirée - remettant au goût du jour son Roman de l'énergie nationale - Cette réconciliation -éphémère- plaît au descendant d'une aristocrate et d'un garde national. Pour de Lattre, l'énergie est une force qui s'exerce dans la durée, par tous les moyens et sur tous les terrains. Il en fera la preuve.

 

Le 12e dragons est immédiatement au premier rang lors de la déclaration de la guerre, le 3 août 1914. Parmi les premiers blessés figure le Lieutenant de Lattre : le 11 août, il est blessé d'un éclat d'obus au genou mais il rapporte de précieux renseignements.

 

Le 14 septembre, il est envoyé en mission de découverte et au lieu-dit l'Auberge Saint-Pierre, il tombe sur une patrouille de uhlans bavarois. Sans attendre, il dégaine son sabre et fonce sur l'adversaire. Il tue un officier allemand, désarçonne un autre cavalier mais il a le poumon perforé par une lance. Caché dans une cave, le sous-lieutenant Schmeltz le récupère et le transporte à Nancy à la clinique Vautrin.

 

Le 20 décembre 1914, de Lattre reçoit la Légion d'honneur sur le front. Un rêve pour l'ancien Saint-Cyrien qui est décoré après une équipée de l'époque féodale. Il a vingt-cinq ans.

 

Il reprend sa place au combat. Les armées se terrent et s'enlisent.

 

Le lieutenant de Lattre décide de quitter l'infanterie. Ce n'est ni une démarche personnelle, ni une décision solitaire. Une lettre à sa sœur Anne-Marie, retrouvée par Jacques Dinfreville, éclaire ce choix. Joffre a besoin d'officiers pour l'infanterie ; il en demande ; encore faut-il trouver les volontaires. Le Lieutenant de Lattre est de ceux là. Un décret du 4 mars 1915 permet son transfert. Il a seulement demandé à être muté dans un régiment de recrutement vendéen.

 

Lorsqu'il quitte le 12e dragons, le jeune officier est déjà deux fois blessé, chevalier de la Légion d'honneur et titulaire de quatre citations. Il est promu capitaine à titre temporaire. (3)

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décembre 1915

commande la 11e Compagnie du 93e RI à Verdun

Quand le 20 décembre 1915, le capitaine de Lattre prend le commandement de la 11e compagnie du 93e RI, cette unité n'a pas le moral très haut. Le 25 septembre, il y eut 370 blessés et 555 disparus. Du 26 septembre au 31 octobre, le régiment avait perdu encore 90 soldats, eut 379 blessés et 125 disparus.

 

Tous les témoignages le confirment, il s'occupe du quotidien de ses soldats, la soupe doit être chaude, les permissions mieux organisées,.... Sa bravoure est évidente, il circule sous le feu dans les tranchées. Il interroge les guetteurs, va sur le terre-plein, surveille la pose des barbelés.

 

En février 1916, il devient capitaine adjudant major, l'adjoint au chef de bataillon.

 

Le 12 juin 1916, il est à Verdun. 63 vendéens avaient péri, écrasés sous les ruines de la redoute de Thiaumont. Le capitaine de Lattre réchappe et combat mais le 1er juillet 1916, il est prit dans une nappe de gaz ypérite. Il est évacué. Il a déjà été blessé trois fois à l'arme blanche par les éclats d'obus en Lorraine.

 

Le 18 octobre 1916, à peine guéri, il rejoint son régiment. Avec son 3e bataillon, il monte en ligne aux carrières Douaumont où il participe à l'assaut final du fort, définitivement repris le 26. Une fois encore, il a trop présumé de ses forces et est évacué le 14 décembre.

 

Le 5 mai 1917, il a pour mission de progresser jusqu'au ravin de Cerny pour y récupérer les tranchées. L'opération ne pouvait réussir que par surprise. On n'expliquera pas comment sept cents allemands dont onze officiers ont pu se faire prendre dans cette souricière. De Lattre avait combiné les différents éléments de cette manœuvre qui firent tomber dans les mains de son unité, avec les prisonniers, 13 mitrailleuses et 21 fusils-mitrailleurs. Le capitaine de Lattre est cité à l'ordre de l'armée. Ce sera, à titre individuel, sa huitième citation. Quelques semaines plus tard, il sera de nouveau évacué.

 

Le commandement a compris qu'il ne fallait pas exposer indéfiniment dans un corps de troupe un officier de valeur. Il est affecté au 2e bureau de l'état-major de la 21e division. Dès le 26 décembre 1917 il travaille à remettre sur pied de nouvelles unités. Protéger un officier d'avenir qui a fait ses preuves, c'était assurément le devoir du commandement. Quand il reconnaissait quelqu'un qui avait été à la dure, il écoutait. Ce fut l'atout de Jean de Lattre. "Au moins, celui-là, disait-on, il a fait autre chose que de laisser tomber des cendres de cigarettes sur une carte au 1/50 000..."

 

Le 11 novembre 1918, quand cessent les combats, le capitaine de Lattre pourra se dire qu'il a tout connu, tout partagé. La charge brillante du cavalier, la progression ardue du fantassin, les doutes persistants de l'officier de renseignements. Les rubans de décoration qu'il porte sur sa poitrine en témoignent. Pendant près d'un an dans un état-major, il n'a reçu, pour ses multiples missions et risques courus depuis le 21 octobre 1917, aucune citation. Personne ne pourra dire de lui qu'il a ramassé les palmes et les étoiles de sa croix de guerre dans des bureaux. (4)

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26 décembre 1917

quitte son régiment et est affecté à l'Etat-Major de la Division

La première guerre mondiale
mars 1919

est détaché à l'Etat-Major de Bordeaux pour assurer le rapatriement des Américains. est affecté au 49e RI à Bayonne en novembre

Sa première affectation, aussitôt après la guerre, est surprenante. Il est affecté à la XVIIIe région militaire, à Bordeaux. Il appartient pour huit mois à la section franco-américaine, chargée d'organiser les distractions des troupes américaines ainsi que les cérémonies accompagnant leurs adieux. Il ne faut pas que les « boys » du général Pershing s'ennuient, en attendant le retour pays. Il faut glisser quelques parcelles de la vieille culture européenne au fond de leurs gibernes enfin inutiles, ne serait-ce que pour les remercier de ce qu'ils viennent d'apporter de neuf à notre art de vivre : le chewing-gum, les cocktails et la musique de jazz... Pour eux, le capitaine de Lattre organise donc des fêtes, monte des spectacles. Le voici entretenant des rapports privilégiés avec le corps de ballet du Grand Théâtre de Bordeaux. Il semble que Jean de Lattre s'amuse dans son rôle très provisoire « d'officier de loisirs ». Sûrement un clin d’œil à son maître, le père Barbier, qui doit sourire voir son élève préféré marcher sur ses traces.

 

[…] Il se distingue autant par la réussite de ces fêtes par les excès de sa vie mondaine et sentimentale. Les fiancés et les maris s'agacent de cet homme si sûr lui. Il ne fallait pas que cette vie dure trop. Il avait autant séduit qu'agacé la société bordelaise qu'il lui avait ouvert sans réserve ses salons et ses châteaux (3)

 

Un nouveau commandement l'attend à Bayonne. Arrivé en novembre, Il est affecté, comme capitaine, au 49e R.I. Ce sera pour Jean de Lattre deux ans de fête. Dans la province basque, il se dissipera. Animateur de comédie, acteur parfois, cascadeur à l'occasion, coqueluche des femmes de surcroît, le capitaine du 93e sera quelqu'un. Ce qui est loin de lui déplaire. Bernard Destremau, un des biographes de De Lattre, voit dans le roman, L'homme à l'Hispano, roman à clefs dont le de Lattre de cette période aurait été le personnage central. ( Le héros Dewalter est l'anagramme de Delatre, à une lettre près)

 

Toute cette comédie s'achève brutalement vers la fin de l'année 1921. Bernard Simiot, qui le connaîtra bien, n'avance, pour toute explication, que trois hypothèses : « Lassitude d'une vie est trop facile, goût de l'aventure, nécessité de carrière ». Il y a peut-être de tout cela dans la décision que prend l'officier. D'autant que cette vie mondaine commence à coûter fort cher à la famille de Lattre (3)

 

Ses parents recevaient de temps à autre un télégramme succinct : « envoyez pistoles ». Les revenus de la famille ont beaucoup diminué ce qui préoccupe Monsieur et Madame de Lattre. Leur fils dépense sans compter (4)

 

Il embarque à bord du Volubilis le 30 octobre 1921. Il débarquera le 4 novembre à Casablanca.

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9 octobre 1921

rencontre le Président Clemenceau à Mouilleron en Pareds

Le repos du guerrier
novembre 1921

Lorsqu'il s'embarque le 30 octobre 1921, revêtu d'un uniforme flambant neuf, coiffé du képi bleu ciel des tirailleurs marocains, il monte avec une invraisemblable quantité de cantines sur lesquelles il a fait peindre en lettres blanches les trois initiales de son nom par lesquelles on va bientôt le désigner dans l'armée : J.L.T. (2)

 

Dès son arrivée, de Lattre est immédiatement détaché à Meknès, à l'état-major de Poeymirau qui l'a repéré. Le capitaine de Lattre a tout à apprendre : la géographie marocaine, l'organisation politique du Protectorat, les zones dissidentes et les méthodes employées pour les réduire, la tactique et le ravitaillement des colonnes mobiles, le rôle déterminant des officiers de renseignements.

 

De Lattre ne vivra pas au côté immédiat du Résidant général, Lyautey, mais va devenir un de ses plus directs collaborateurs, un des plus fidèles disciples de Lyautey (2)

 

L'ascendant de Lyautey sur ses officiers, ses architectes, ses ingénieurs était indiscutable. Pour de Lattre, émerveillé au bout de quelques mois seulement, il deviendra son maître à penser. Que ce soit sur le terrain militaire : souplesse et mobilité avant tout ; dans le domaine diplomatique : recherche du ralliement par la persuasion ; ou encore, eu égard à l' existence quotidienne : préoccupation incessante de l'ampleur et de l'esthétique du cadre de vie. Jean de Lattre ne copiera pas toujours, mais il s'inspirera du style du maréchal Lyautey (4)

 

C'est au cours de l'année 1923 que JLT est reconnu par les officiers chevronnés du Maroc aux jugements plutôt réservés. Non seulement son travail d'état-major était sans reproche, mais il venait sur le terrain en vérifier l'exécution, toujours disponible pour aider des combattants souvent démunis.

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13 mars 1923

est victime d'un attentat à Fez

Le 13 mars 1923, le capitaine de Lattre est agressé à Fez. Un indigène lui porte trois coups de couteau au visage. Ce pourrait être un fait divers dans toute sa banalité, si les récits concordaient. Un seul point paraît acquis : 35 points de suture et 17 agrafes. Pourquoi ? Si l'on exclut l’œuvre d'un aliéné ou d'un exalté, il ne reste que deux possibilités. Ou bien JLT a été victime d'un homme qui avait un compte à régler avec lui ; auquel cas il faut bien songer à un mari jaloux ou à un entremetteur, car l'officier ne vit point comme un enfant de chœur. Ou bien, il s'agit d'un attentat et non pas d'une agression. L'affaire est suffisamment importante pour que le général de Chambrun veuille la tirer au clair. Les coups de couteaux ne deviendront pas blessure de guerre, mais il semblerait que ce fut un attentat politique (3)

En 1925, JLT devient le chef d'état-major du colonel Cambay dont le groupe mobile a pour mission d'en finir avec l'irréductible « tache de Taza », royaume d’Abd-el-Krim. La proposition de Lattre est retenue et il supervise les opérations victorieuses.

 

Le 26 août 1925 en voulant reconnaître l'emplacement où un bataillon doit s'installer, il est atteint d'une balle dans le genou. JLT est transporté à Taza puis à Alger. Il reviendra quelques mois au Maroc en1926 et participera à la phase finale de la pacification.

 

JLT quittera le Maroc le 25 août 1926. Il s'était pénétré des idées généreuses de Lyautey et de ses méthodes de commandement. Il a appris à bien connaître les qualités spécifiques, les traits de caractère des tirailleurs, des légionnaires, des troupes coloniales, ces forces de la France qui constituèrent l'armature et la substance de l'armée qu'il mènera 20 ans plus tard à la victoire du 8 mai 1945 (4)

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L'aventure africaine
1926

retrouve la Vendée, la maison familiale. est nommé Chef de Bataillon au 4e RI à Auxerre en octobre

22 mars 1927

se marie avec Simonne Calary de Lamazière. est admis à l'Ecole de Guerre en mai

Encombré de ses innombrables cantines, pleines de tenues de campagne, de capes, d'uniformes d'apparat de l'armée d'Afrique, JLT doit encombrer le quai de la petite gare de Pouzauges ou celle voisine de Chavagnes-les-Redoux. Appuyé sur une canne, pour soulager son genou toujours douloureux, il retrouve le pays, hume l'air de sa Vendée. Une voiture est là pour le conduire à Mouilleron-en-Pareds où il compte passer une partie de sa longue permission. Il sait qu'il va falloir travailler aussi, s'il veut réussir ce concours à l'Ecole de guerre qu'il ne peut présenter qu'une seule fois car il a 38 ans (3)

 

Il a six mois, pour réussir.

 

Au cœur de l'été, Jean de Tinguy du Pouët et sa femme ont invité la famille Calary de Lamazière au grand complet, les parents et leurs trois enfants. Les deux hommes sont de vieilles connaissances ; ils siègent à la Chambre des députés. L'on attend un autre invité, JLT. Le lendemain, c'est le départ pour une longue escapade à l'île d'Yeu. L'élu de Tinguy doit y faire campagne et l'officier de Lattre à quelques connaissances à saluer (3)

 

Le commandant, qui a pourtant du « nez », n'est pas au courant de ce qui se trame. La jeune fille encore moins. Jean de Lattre a-t-il compris que son ami Tinguy trouvait son célibat bien trop tardif ? Sans parler de mariage arrangé, il y a cependant bien du guet-apens dans le rendez-vous qu'il organise entre l'officier et la famille Calary de Lamazière. La future madame de Lattre racontera comment l'ex-capitaine du 93e réveilla un de ses anciens soldats redevenu marin et lui intima l'ordre de les conduire dans une escapade en bateau inattendue (4)

 

Après plusieurs rencontres, la jeune femme comprend certainement qu'ils glissent du badinage vers le conjugal lorsqu'il lui présente ses amis et multiplie les présents : brassées de roses tous les deux ou trois jours, chaque semaine un livre relié spécialement pour elle. Les fiançailles officielles sont pour janvier 1927 (3)

 

JLT présente sa jeune fiancée au Tigre. Georges Clemenceau parle d'avenir et de politique avec JLT. « Si vous allez à Genève, je ne vous serrerai plus la main ! » . « A l'état-major de Weygand ? Je n'aime pas beaucoup ce petit homme jaune, mais avec lui, au moins vous préparerez la guerre. » Il demande à Simonne si elle connaît la Vendée : Lorsque vous irez là-bas, il faudra voir les moulins et grimper sur les rochers. Puis se retournant vers Jean : Vous devriez bien acheter un de ces moulins, ils vont tous disparaître, ce serait dommage.

 

Le mariage civil est enregistré le 20 mars 1927 à la mairie du 8e arrondissement. La cérémonie religieuse est célébrée le lendemain en l'église Saint Pierre de Chaillot. La bénédiction nuptiale est donnée par le révérend père Gaboriau, le supérieur du séminaire de Mouilleron. Simonne a choisi pour demoiselle d'honneur son amie de pension Yvette de Villemandy et le témoin du marié est Alphonse Juin.

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11 février 1928

Naissance de Bernard

Le 11 février 1928, le capitaine Guillaume et le major Barett, planchent avec le commandant de Lattre, lorsque Simonne de Lattre donne le jour à Bernard.

Ils occupent provisoirement un appartement au, 4, square Latour-Maubourg chez la grand-tante de son épouse. Le petit appartement va devenir une annexe de l'école de guerre. On y dîne, on y discute, mais on y travaille ferme. Les rapports qui seront remis à l'école sont discutés tout au long de la nuit et lorsqu'ils paraissent au point, Simonne de Lattre est priée de s'installer à la machine à écrire et de dactylographier les travaux de la petite équipe, les plus fidèles étant Guillaume, Revers, de Hesdin (3)

 

De Lattre ne peut travailler seul. Cette croyance dans le travail en équipe n'a fait que s'amplifier depuis quelques années. «Il faut que je sois reçue, étant donné mon âge, mon premier essai sera le dernier».

L'équipe a été rapidement constituée. Après s'être présenté à l'écrit en décembre 1926, à l'oral en février 1927, il lira son nom sur la liste des reçus au printemps, deux mois après son mariage.

[…] Désigné, en raison de son grade le plus élevé et de son ancienneté, comme le chef de la 49e promotion, de Lattre estime de son devoir de recevoir ses camarades, étrangers surtout. On mettra "les petits plats dans les grands" pour recevoir les amis.

Tout de suite, à l'école qu'il avait rejoint le 5 novembre 1927, il entend en imposer. En tant que chef de sa promotion, il prend des mesures d'organisation, désigne un secrétaire, lui fixe ses attributions, réunit souvent ses camarades, organise des conférences. Il ne laisse personne en repos…(4)

 

Soixante-dix ans plus tard, Pelissier, en compulsant les dossiers a découvert que de Lattre avait été classé premier à la fin de la première année et qu'il fut reçu major à la fin de la formation de l'école de guerre.

 

« Officier remarquablement doué »

« A, par contre, une confiance en soi exagérée et une tendance à voir les choses de haut »

« A besoin d'acquérir le calme et la modestie pour devenir un véritable chef ».

 

Sortant N° 1, il est le premier à choisir sa prochaine affectation. Il opte pour un très beau commandement : un bataillon du 5 R.I.

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juillet 1929

est nommé Chef de Bataillon au 5e RI à Coulommiers

Le 27 juillet 1929, le commandant de Lattre prend le bataillon . C'est un des régiments les plus anciens et les plus glorieux mais il comprend qu'il aura beaucoup à faire. Il découvre la grisaille, la routine, l'ennui, la nonchalance, parfois même une certaine tendance à l'alcoolisme (3)

 

A l'époque cela faisait très provincial d'être commandant à Coulommiers. Au lieu de parader à Metz ou à Strasbourg, « Voilà de Lattre dans un fromage », disait ceux qui ne l'aimaient pas… Le personnage va encore les étonner, parfois les choquer.

 

D'emblée il décide de changer tout cela, d'embellir ce qu'il pourra dans une cité de 13 000 habitants, de redonner confiance aux soldats et à un encadrement désabusé, d'intéresser une population qui ne demandait qu'à s'animer.

 

Sa première initiative n'a rien de choquant mais elle surprend par son originalité. Voilà un commandant qui utilise ses soldats pour remettre en état les tombes des soldats britanniques à l'abandon.

 

Tout de suite il pense à améliorer le cadre de vie, un foyer du soldat était indispensable pour que les hommes puissent se réunir ailleurs qu'au bistrot. On le décore : ces travaux sont moins médiocres que la corvée de patates !

 

Il prend contact avec des civils et avec le maire pour que l'on s'entraide à chaque occasion. On organise la venue d'artistes de renom qui viennent jouer des pièces de théâtre, animer des fêtes, égayer la petite ville. Il s'entend à résoudre les problèmes de travail des épouses de militaires.

 

Aux alentours, des officiers sont interloqués. On persifle ces nouveautés. On le prend pour un excentrique, un démagogue, un arriviste et bientôt pour un politicien. Il n'est pas de petites missions, se plaît-il à rappeler (4)

 

Etre à Coulommiers avait des avantages immédiats. Et en tout premier lieu, le détachement de ce bataillon lui offre les apparences d'une unité formant corps. Il a une certaine autonomie par rapport au régiment et il sera presque maître chez lui. Il a les coudées franches pour organiser sa vision et ses réformes de l'armée (3)

 

La carrière du commandant de Lattre se poursuivait sans anicroche. Cependant, sa vie conjugale avait été assombrie par un accident de santé qui frappa son épouse. Un point de tuberculose pulmonaire s'était révélé chez la jeune mère. Séparation, inquiétude, éducation de l'enfant, l’adversité ne rend pas le ménage triste mais la mère passera sept ans et à l'écart de presque tout, sans se plaindre (4)

 

Jean de Lattre apprend que Georges Clemenceau décline très vite en ce mois de novembre 1929. Il lui rend souvent visite le dimanche matin, rue Franklin. Ils sont restés très proches. Le 24 novembre 1929, lorsqu'il apprend son décès, il décida immédiatement d'aller s'incliner devant son corps. La fille de Clemenceau, Madame Jacquemaire leur apprend que le testament vient d'être ouvert et que son père désire être enterré secrètement en Vendée. Il ne veut qu'une vingtaine de personnes autour de sa tombe, dont le commandant de Lattre qui devra venir en uniforme. Seuls, Simonne et Jean de Lattre, prièrent sur la tombe Clemenceau. Il a eu, comme il le voulait, son enterrement de mécréant.

 

Parmi les leçons transmises par Clemenceau à son compatriote mouilleronnais, Il en est une que de Lattre a décidé de ne jamais oublier, lui qui est aussi habile que le Tigre à se créer des attachements profonds et des antipathies irréversibles : «Ne craignez jamais de vous créer des ennemis. Si vous n'en avez pas, c'est que vous n'avez rien fait» (3)

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1931

est affecté au 4e Bureau de l'Etat-Major de l'Armée

juin 1932

Lieutenant-colonel en mars, entre au Cabinet du Général Weygand

Le lieutenant-colonel de Lattre est affecté à son nouveau poste par décision ministérielle du 20 juin 1932. Il a présenté sa candidature pour être auprès du général Weygand à l'Etat-major de l'armée. « Il y avait dix postulants, dira Weygand à Bernard Simiot. Après en avoir éliminé huit, il restait : de Lattre et de Gaulle dont la valeur intellectuelle et morale me parut similaire. J'hésitai longtemps. Finalement je choisis de Lattre parce que ses titres de guerre, blessures et citations étaient supérieurs »

 

Durant les trois années qu'il passa dans l'entourage restreint du général Weygand (juin 1932 - janvier 1935) et auprès du général Georges (les six premiers mois de 1935), le lieutenant-colonel de Lattre aura à suivre l'évolution de la politique étrangère ainsi que certains problèmes de politique intérieure affectant les budgets militaires. Il en informera son chef et lui soumettra des études d'ordre stratégique et tactique. Un plan stratégique propre à parer aux dangers qui assaillent à nouveau la France. En effet, le réarmement de l'Allemagne et ses intentions agressives furent définitivement reconnus par le gouvernement.

 

Affecté au 3e bureau, de Lattre va étudier les plans d'opérations éventuelles. Il se penche sur le fameux "Plan D", l’organisation de la mobilisation. Adopté en 1933, il paraît immédiatement désuet, sinon obsolète.

 

Commence ainsi, pour de Lattre, une période tourbillonnante qui le conduit aux quatre coins de Paris et vers quelques capitales européennes, du Parlement aux ambassades, des ministères aux bureaux - ou aux domiciles - de parlementaires.

 

En 1932, il reçoit également une mission d'étude sur l'armée soviétique ; ce qui l'obligeait à de nombreuses visites à l'ambassade. Une alliance avec l'URSS semblait indispensable mais non sans risques politiques.

 

Parallèlement à cette activité qui le porte vers les relations internationales, de Lattre multiplie les contacts avec le monde politique : il convient que l'état-major soit informé et que les élus sachent que la France doit être défendue. Traduit dans un jargon plus contemporain, cela pourrait s'appeler de la communication ou de la relation publique.

 

Il est évident que de Lattre prend quelque plaisir à rédiger ces rapports et ces notes de synthèse. Il irait même jusqu'à signer avec Bousquet trois articles sous le pseudonyme de Nisus.

 

A la demande de Weygand, de Lattre, qui a le sens de l'information précise et une remarquable approche des problèmes que pose l'Allemagne, documente Mandel pour une intervention qu'il fera à la Chambre, le 9 novembre 1933.

 

Ce travail de relation publique l'entraîne de plus en plus loin, parce que sa mission n'a pas de limite et qu'une mission doit être menée à son terme quel qu'en soit le risque. La discrétion n'étant pas naturelle chez Jean de Lattre, là où ses prédécesseurs se faisaient le moins voyant possible, lui s'étale, plastronne. Il se crée, sans en avoir conscience, des inimitiés ; il agace les envieux, énervent les acrimonieux. Il n’aperçoit pas ces risques ou les ignore. Il ne devine pas l’explosion menaçante. Le 6 février 1934, sera le premier gros obstacle sur le chemin de Jean de Lattre (4)

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1934

est entendu par la commission d'enquête parlementaire à la suite des émeute du 6 février

De Lattre manqua-t-il, en ce début d'année 1934, de la méfiance et de la retenue que devait garder un militaire auprès du commandant en chef, Weygand, que les milieux parlementaires avaient à l'œil ?

 

Dénoncé à la fois à des députés de droite et à des députés de gauche comme ayant joué un rôle dans le drame du 6 février (14 morts, des milliers de blessés chez les manifestants et 1 600 dans les rangs de la police), le collaborateur de Weygand fut convoqué devant une commission d'enquête parlementaire (4)

 

Après l'affaire Stavisky, après de nombreuses émeutes et leur répression, les gouvernements culbutés et les ministres déconsidérés, une idée d'un complot contre la République se faisait jour.

 

Les premiers accusés sont les ligues, mouvements de droite et d'extrême droite qui se sont associées le 6 février pour bousculer les députés. Mais une théorie s'esquisse à trait léger puis de plus en plus ferme. S'il existe un complot n'aurait-il pas été l'oeuvre d'hommes politiques comptant sur les excès de la droite pour se distinguer en rétablissant l'ordre ? Le ministre de l'intérieur Eugène Frot est soupçonné. Or Frot a des liens avec le lieutenant-colonel de Lattre. La rumeur veut que quelques jours avant le 6 février, de Lattre ait fait, au nom de Frot et à deux reprises, des avances au sculpteur Maxime Réal del Sarte, animateur de l'action française, les 31 janvier et 2 février […]

 

Devant les commissions d'enquête parlementaire, les déclarations de De Lattre et celle de Réal del Sarte sont contradictoires. En fin de discussion, les députés embarrassés déclarent l'inccident clos par 19 voix contre 11 (3)

 

Les 19 voix venaient presque uniquement des députés de gauche qui apprirent que de Lattre n'avait jamais voulu s'associer à une manifestation séditieuse. Ce que lui reprochaient les 11 voix de droite était d'avoir accepté de rencontrer l'ex-ministre de l'intérieur radical, Frot. De Lattre fut pris entre deux feux. Accusé par les députés de droite pour ses liaisons avec les milieux radicaux et l'ambassade soviétique, il était soupçonné par des députés de gauche d'entretenir des relations monarchistes et compromettantes (4)

 

 

Le général Weygand a soutenu de Lattre devant le maréchal Pétain qui lui conseillait de l'éloigner : «Je ne juge pas que le lieutenant-colonel de Lattre ait fait de la politique, c'est-à-dire qu'il ait trempé dans des intrigues dans un but personnel. Il a été victime d'une campagne de presse. S'il a été imprudent en se plaisant à des liaisons dangereuses, il vient de recevoir une bien sévère leçon qui portera ses fruits. Je la crois suffisante et j'ai l'intention de conserver cet officier auprès de moi»

 

Les suites de cette ténébreuse affaire atteignirent de Lattre dans sa sensibilité. Cependant des portes s'étaient fermées et les médisances continuaient à courir, certaines n’ayant aucun rapport avec les événements. Il avait fait la connaissance d'un monde dont il ne soupçonnait pas les arcanes. Il n'était pas, à 43 ans, sans quelque expérience de la vie, mais celle d'une vie encadrée, limitée, militaire. Il ignorait tout des intrigues des milieux politiques et des procédés qu'ils pouvaient employer.

 

Ce sera pour Jean de Lattre la fin des illusions. Il n'oubliera jamais l'épreuve que lui avait infligée une société dont il était issu ainsi que les journaux qu'elle savourait. Il se rapprocha davantage du peuple français, s'immergeant dans ces bains de foule et de jeunesse qu'il jugeait vivifiants et salutaires (4)

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août 1935

est nommé Colonel, prend le commandement du 151e RI de Metz

De Lattre quitte l'état-major de l'armée et, promu Colonel, il prend le commandement du 151 e R.I à Metz, le 24 juin 1935.

 

Comme à Coulommiers, il applique ses méthodes de commandement. Il apprend à connaître ses hommes, crée un service social, construit des foyers, des cinémas, aménage des salles de loisirs, des salles à manger d'où sont bannies les gamelles en tôle, des douches, des terrains de sport. Les exercices, les manœuvres, des sorties de nuit se succèdent. (5)

 

De Lattre a en-tête la phrase de Mein Kampf : « le peuple allemand doit concentrer toute sa violence, toutes ses forces physiques et morales pour atteindre au cœur l'ennemi infâme, la France. »

 

La situation internationale est de plus en plus préoccupante. Il sait que la guerre peut éclater d'une semaine à l'autre. Si à Coulommiers il s'était attaché, pour l'essentiel, à animer son bataillon, à Metz sept ans plus tard, il devra surtout aguerrir les unités sous ses ordres.

 

Ce que de Lattre voulait montrer c'est qu'en plus des efforts habituels qu'exigent les marches d'un fantassin, il faut obtenir du futur combattant un effort supplémentaire pour qu'il se prouve à lui-même qu'il a en réserve l'énergie insoupçonnée qui permet de gagner les batailles. Ce que de Lattre appelle "la pointe d'effort". Les exercices d'alerte sont de plus en plus fréquents.

 

Le 7 mars 1936, des troupes allemandes pénètrent en Rhénanie dans la zone démilitarisée par le Traité de Versailles. Rien ne bouge en haut lieu, de Lattre est furieux.

 

L'idée, presque l'obsessionnelle de De Lattre de ne pas laisser le monopole des cocoricos à la droite le poursuit. Pour avoir une majorité vraiment nationale et un Parlement qui vote les crédits militaires indispensables, il ne faut surtout pas que les partis de droite agressent continuellement la gauche et l'insultent. La France a besoin de tous les Français. Il s'agit de réconcilier, de rassembler pour arriver à une union sacrée telle qu'en 14.

 

Devant la montée des périls, de Lattre cherche à susciter une mystique de la force pour que les Français la détienne en leur tréfonds en cas de guerre. Il veut la construire en chacun par ses exigences mais également par la confiance qu'il leur manifeste. Pour cela, il utilise les ressorts cachés des vertus de la tradition et le respect des anciens (4)

 

Son temps de commandement à la tête du « plus beau régiment de France »- comme il se plait à dire - va se terminer. Le 10 septembre 1937, le colonel de Lattre remet au colonel d'Argenlieu un régiment qu'il a modelé et transformé. Malgré quelques avis au vitriol du général Lucas : « n'a pas donné dans son commandement ce qu'on était en droit d'attendre », le général Giraud note que de Lattre laisse à d'Argenlieu : « un magnifique régiment qui est en même temps un excellent outil de guerre » et qu'il réclamait pour de Lattre les étoiles de général de brigade.

 

Le général Lucas aura le dernier mot : « A voir au Centre des hautes études militaires avant d'être proposé pour le grade supérieur ».

 

A 48 ans, de Lattre va devoir retrouver les bancs d'école avec une quarantaine de colonels et de généraux.

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1937

intègre le Centre des Hautes Etudes Militaires

août 1938

est nommé Chef d'Etat-Major de la Ve Armée Française à Strasbourg

La maturité
23 mars 1939

devient le plus jeune des généraux de l'Armée Française

1 janvier 1940

est nommé Commandant de la 14e DI

mai-juin 1940

combat autour de Rethel. En juillet, commande la 13e division militaire de Clermont-Ferrand et crée la 1ere Ecole de Cadres à Opme

Après avoir quitté son commandement à Metz, de Lattre entre au Centre des Hautes Etudes Militaires. Il fut fréquenté par Juin, de Lattre, de Gaulle, qui souhaitaient compléter leurs connaissances militaires par des vues élargies sur les problèmes économiques, financiers, juridiques des temps modernes. Président du Conseil, Clemenceau avait réorganisé cette formation (circulaire du 10 décembre 1919) qui devait « doter les officiers supérieurs des connaissances générales à la conduite de la guerre moderne par l’étude de la stratégie mais aussi des autres sciences ».

 

Cette extension novatrice de la formation culturelle des futurs grands chefs allait de pair avec la reprise d'exercices tactiques et stratégiques actualisés. S'y ajoutaient des reconnaissances sur le terrain au cours de déplacements dans les zones frontalières.

 

Durant ces années d'études, sa mère décéda. Sa peine fut immense, et ce soldat endurci par tant d'épreuves ne put maîtriser son émotion, ce 22 mars 1938, à Mouilleron-en-Pareds. Il y avait retrouvé une chaleur humaine dont sa vie militaire lui semblait dépourvue depuis que la guerre était à l'horizon (4)

 

Sorti major, il sera nommé, le 25 août 1938, chef d'état-major du général Héring. Héring est un homme fort occupé, désigné pour commander une armée en temps de guerre, il a son bureau boulevard des Invalides et dans le même temps, il est gouverneur militaire de Strasbourg. Aux mouvements perpétuels entre Paris et l'Alsace, Jean de Lattre devenu son chef d'état-major, se plie au même rythme.

 

Entre les accords de Munich et la signature du pacte germano-soviétique, de Lattre est devenu le plus jeune des généraux de l'armée française du moment, le 33 mars 1939. Il a tout juste 50 ans. C'est aussi le jour où Héring part à la retraite. Il devient le chef d'état-major du successeur de Héring, le général Bourret, gouverneur de Strasbourg et commandant de la 5e armée. Dans ses fonctions, de Lattre, chargé des relations avec les commandants des armées et des services de l'armée, est en contact quotidien ou presque avec de Gaulle qui commande les chars de la 5e armée.

 

Après l'invasion de la Pologne par les troupes de Hitler le 1er septembre 1939, la France déclare la guerre à l'Allemagne le 3 septembre à 17 heures.

 

De Lattre prend le commandement de la 14e division d'infanterie le 2 ou le 4 janvier 1940.

 

Les Français de l'arrière commencent à parler d'une « drôle de guerre ». Il s'agit de leur montrer qu'ils se trompent, qu'il y a des engagements, des pertes et que la vie en première ligne n'a rien de réjouissant. De Lattre invite les journalistes : leurs visites seront des chefs-d’œuvre d'organisation, avec une progression, un crescendo magnifique.

 

Kessel, journaliste à Paris-soir, écrit à propos de De Lattre et de sa division : j'ai rarement rencontré autant de force et autant de raffinement. Ne pas subir... telle est la devise de la division. Ne pas subir l’Allemand. Ne pas subir la saleté. Ne pas subir l'ennui. Et cette devise, elle a été appliquée. Merveilleusement.

 

De Lattre en fera sa devise : Ne pas subir.

 

Quelques semaines avant que la France ne sombre, Jean de Lattre a acquis, sur le plan national, une réelle notoriété.

 

Ses troupes ont construit des blockhaus, creusé des fosses antichar, fait des coups de main, mais aussi planté des jardins et des drapeaux. Lorsque que l'armée allemande attaque le 13 mai 1940, la 14e division d'infanterie repousse les Allemands, à trois reprises, à Rethel. (4)

 

Le secteur dirigé par De Lattre ne tombera pas.

Dans la nuit du 16 au 17 juin, par l'intermédiaire gouvernement espagnol, les conditions d'un Armistice avaient été demandées aux Allemands. L'Armistice sera signé le 25 juin à 0 h 25. De Lattre, comme beaucoup d'autres généraux considèrent cette signature comme une « suspension d'armes »

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11 septembre 1941

Général de division, est affecté en Tunisie

20 janvier 1942

Général de Corps d'Armée, commande la division de Montpellier. Le 11 septembre, refuse d'obéir aux ordres de Vichy

9 janvier 1943

est condamné à 10 ans de prison. Le 3 septembre s'évade et se met aux ordres de De Gaulle

26 decembre 1943

Général d'Armée commande l'Armée B

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