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La biographie de Georges Clemenceau en quelques dates

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Georges CLEMENCEAU
28 SEPTEMBRE 1841- 24 NOVEMBRE 1929

Georges Clemenceau, un bon mouilleronais

1841-1869 Education et apprentissages

1870-1903 L'entrée en politique

1906-1913 L'homme d'Etat

1914-1918 La guerre 14-18

1919 Le père la Victoire

1920-1929 Le vieil homme infatigable

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28 septembre 1841

Naît à Mouilleron-en-Pareds

Acte de naissance de Georges Clemenceau

 

Georges Clemenceau est né à Mouilleron-en-Pareds chez son grand-père François GAUTREAU, républicain, protestant, maire de Mouilleron-en-Pareds de 1832 à 1834. Il fut nommé par le gouvernement de Louis-Philippe par réaction contre les légitimistes. Il remplaçait Alexis Mosnay, maire, catholique, légitimiste qui est l'arrière-grand-père du Maréchal de Lattre.

 

Ses parents, Benjamin Clemenceau (1810-1897) et Sophie-Emma Gautreau (1817-1903) fondent une famille singulière dans le milieu traditionnel de la Vendée du XIXe siècle.

 

Benjamin dut attendre ses 25 ans, âge où l'autorité parentale n'est plus nécessaire pour se marier, afin de réaliser «un mariage d'amour» avec Sophie qui avait 18 ans. Paul Jules Clemenceau refusait que son fils épouse une jeune fille de famille de petite bourgeoisie, même aisée. Dans son ouvrage «Blancs, Bleus, Rouges, histoire politique de la Vendée 1789-2002»(3), Yves Hello indique que François Gautreau est l'un des 218 plus riches Vendéens en 1828.

L'athéisme radical de Benjamin et la religion modérée de Sophie singularisent la famille qu'ils vont fonder.

Le 21 octobre 1839, ils se marient devant un pasteur, fondent un foyer bien distinct d'abord à Mouilleron-en-Pareds dans une petite maison appartenant au père Gautreau car Sophie refuse d'accoucher chez son beau-père qui ne l'aime pas, puis à Nantes où Benjamin ouvre un cabinet médical. Leurs enfants ne seront pas baptisés.

Georges a deux ans et demi quand il quitte Mouilleron-en-Pareds. (1)

Il y reviendra toute sa vie, d'abord en vacances pour les mois de septembre jusqu'à l'âge de 11 ans puis à chacun de ses passages en Vendée.

«J'ai gardé un bon souvenir du père de ma mère qui était un rustique, un peu rude. C'est lui qui a dit ce mot, un jour : Ah! mon petit Georges, quand je serai au paradis, je serais bien content si j'apprenais que tu as prononcé un beau discours comme Monsieur Jules Favre.»(8)

 

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1852

Entre au lycée de Nantes

Georges Clemenceau peint par son père

Sophie Gautreau va d'abord éduquer ses enfants elle-même.

 

Elle est une «femme moderne» qui va aussi les instruire, leur inculquer des valeurs intellectuelles, morales et républicaines. (1)

 

«Ma mère était une femme admirable. Elle a appris le latin pour pouvoir me l'enseigner» (8)

 

En 1851, Georges entre à la Pension Montfort, 19, rue du Chapeau Rouge à Nantes. Il a dix ans et entre en classe de latin première division. Il y fut bon élève (prix de version grecque, prix d'histoire ancienne, accessits en thème latin, version latine, géographie, orthographe et mémoire)

 

En 1852, il entre comme externe au lycée impérial de Nantes où il restera jusqu'en 1858. Il y reçoit un enseignement dominé par l'étude des langues anciennes. Clemenceau obtint son bac ès Lettres à Rennes le 24 août 1858. (5)

 

Dès le 14 novembre 1918, la municipalité de Nantes demande au gouvernement de donner le nom de Georges Clemenceau au lycée de la ville, vœu ratifié le 4 février 1919. Clemenceau viendra en personne inaugurer le monument aux morts de son ancien établissement le 27 mai 1922. (13)

 

Le discours a été publié dans L'Illustration n°4135 du 3 juin 1922

 

Le 26 avril 1931, c'est André Tardieu (ancien élève, lui aussi) qui inaugurera dans la cour d'honneur du lycée un médaillon en honneur de Clemenceau

 

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1858

Son père, Benjamin Clemenceau est arrêté

Benjamin Clemenceau

Après avoir quitté Mouilleron-en-Pareds en 1844, Benjamin s'installe comme médecin à Nantes 8, rue du Calvaire puis rue Crébillon. Fidèle républicain, il fréquente le cabinet de lecture Plançon au coin de la rue Jean-Jacques Rousseau et de la place Graslin et il «y tenait des discours contre l'empire et contre les prêtres» (8) Il y fut arrêté en janvier 1858 après l'attentat d'Orsini.

Georges Clemenceau décrit le cabinet de Plançon dans la nouvelle Justin Cagnard, armateur dans Aux embuscades de la vie. (2)

 

Suspect, il l'était : Benjamin Clemenceau, arrivé à pied à Paris, avait participé à la Révolution de juillet en 1830. En 1848 il avait participé à la création de la commission démocratique nantaise, (et planté un arbre de la liberté près de la propriété familiale du Colombier sous lequel Benjamin et Georges Clemenceau sont enterrés).

 

En 1851, au lendemain du coup d'Etat de décembre, noté comme républicain suspect, il avait déjà été interné à Nantes. (5)

 

Benjamin Clemenceau fut condamné à la déportation en Algérie. Arrêté, menottes aux poignets entre deux gendarmes, la famille est bouleversée.

 

Emma, la sœur aînée de Georges, traumatisée, est devenue aphasique et amnésique pendant plusieurs mois. (7)

 

L'opinion nantaise s'émut d'un tel traitement infligé à un citoyen honorable et Benjamin sera libéré in extremis à Marseille. A son retour, il ferme son cabinet médical et se retire définitivement à l'Aubraie (Ste Hermine, Vendée)

 

Georges Clemenceau n'oubliera jamais cette scène qui restera primordiale pour ses futurs engagements.

 

En 1906, lorsqu'il revint en Vendée, Georges Clemenceau, alors ministre de l'Intérieur prononça ces mots lors du banquet républicain organisé en son honneur à Montaigu :

 

«Lorsque mon père partit pour l'exil, tous ses amis l'avaient fui. Deux seulement osèrent venir lui serrer la main. Après leur départ, je m'approchai de mon père et je lui dis tout bas : Je te vengerai. Il me répondit : Si tu veux me venger, travaille. J'ai travaillé, et aujourd'hui dans Montaigu, quand je vois tous les Républicains me faire l'honneur de m'acclamer bien au-delà de mes mérites, je ne puis m'empêcher de me tourner vers celui à qui je dois tout, et de vous dire : C'est lui qu'il faut honorer !» (3)

 

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1859

Bachelier ès lettres et ès sciences, entre à l’école préparatoire de médecine. est interne aux hôpitaux de Nantes

Le premier novembre 1858, il entre à l'Ecole préparatoire de Médecine de Nantes. La première année fut sans histoire. Les 13 et 14 août 1859 Georges Clemenceau obtint le baccalauréat ès sciences et les 19 et 20 août passe le concours de première année de médecine, auquel il est reçu major. Le 24 août, il est admis deuxième sur onze au concours d'externat de Nantes.

 

La seconde année fut moins bonne. Il accomplit son premier stage d'externe du 1er octobre 1859 au 1er avril 1860 en chirurgie, son second stage en médecine, à l'Hôtel Dieu, jusqu'au 1er octobre 1860. Clemenceau prend des libertés avec le service, on raconte qu'il se rend «avec des créatures» dans des propriétés vendéennes. Un mois avant les examens, il comparait devant la commission administrative : «Monsieur Clemenceau, convaincu de négliger les pansements de ce service et d'avoir manqué d'égards à Monsieur Bernaudeaux, a été réprimandé par la commission...»

 

Il passe en troisième année les 17 et 18 août (reçu 5e sur 8) Il est admis 4e sur 5, au concours d'internat de Nantes.

La troisième année fut pire que les précédentes. Il accomplit son internat du 1er octobre 1860 au 1er avril 1861 à l'Hôtel-Dieu et du 1er avril 1861 au 5 juillet à l'Hôpital Saint-Jacques. Il comparait une seconde fois devant la commission administrative avec trois de ses camarades, le trente avril pour divers faits répréhensibles

      1. Admission non autorisée à leur repas de personnes étrangères à l'hospice.

      2. Défaut d'harmonie et de confraternité pouvant nuire au bien du service

      3. coups de fusil tirés dans les cours et les jardins de l'hospice

      4. bris d'ustensiles et de vitres, clameurs et scènes inconvenantes dans le réfectoire, dessins et inscriptions obscènes ou grotesques sur les murs

      5. introduction d'un chien appartenant à l'un d’eux

      6. nuits passées sans autorisation hors de l'hospice

 

Le Président prononce contre eux la peine de «Réprimande publique en administration» avec insertion nominative pour seulement Monsieur Clemenceau qui a été réprimandé antérieurement pour d'autres faits.

 

Il eut des démêlés avec les bonnes sœurs dont il chapardait les abricots en leur rétorquant : «Mais qu'est-ce que cela peut vous faire? Puisque, de toute façon, cela n'ira pas aux malades.»(4)

 

Sa réputation est telle qu'il décide de poursuivre ses études à Paris, là même où son père avait fait sa médecine.(7)

 

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1861

étudiant révolutionnaire à Paris, fonde le journal “Le Travail”


Benjamin et Georges se rendirent ensemble à Paris.

 

Le père présenta son fils à Etienne Arago, un vieux compagnon de lutte rencontré sur les barricades en 1830.

Rencontre essentielle avec un républicain de la première heure, élu de 1848, exilé par Napoléon III, rentré en France depuis peu, critique théâtral, qui influencera de manière décisive l'avenir de Clemenceau.

Georges s'installe dans des chambres d'étudiant, rue de l'Estrapade.(7)

 

Puis rue du Bac et rue Saint-Sulpice en 1865.

Il prépare son doctorat mais sa vie de militant commence. Il passe ses soirées au quartier Latin ou il se lie d'amitié avec des jeunes gens aux idées républicaines et nettement positivistes en philosophie. Ils constituent une association «Agis comme tu penses» qui a pour loi la science, pour condition la solidarité, pour but la justice. Ils rédigent ce texte que Clemenceau ne trahira jamais :

 

Les soussignés regardent comme un devoir de rompre en fait avec des doctrines qu'ils rejettent en principe ; ils déclarent s'engager à ne jamais recevoir aucun sacrement d'aucune religion : pas de prêtre à la naissance, pas de prêtre au mariage, pas de prêtre à la mort. (5)

 

Il fréquenta le Café de Cluny avec des étudiants républicains, l'atelier Delestre, rue des Fossés-Saint-Jacques où -peut-être – il rencontra Claude Monet avec qui il devait se lier après 1890. Son goût pour les arts, favorisé par son père, ne fit que se développer. Inutile de dire qu'il préférait les jeunes peintres hardis et peu académiques. Dans le faubourg Saint-Antoine au cabaret du Génie, il essaya avec beaucoup de difficultés de communiquer sa foi républicaine à des ouvriers.

 

En compagnie de ses amis, Germain Casse, Méline, Eugène Carré, Ferdinand Taule, Onimus, Rey, Villeneuve, Pierre Denis, il fonde un journal Le Travail ; Clemenceau a vingt ans.(5)

 

Le premier numéro paraît le 22 décembre 1862, le 24 il est reçu 10e sur 198 au concours de l'externat parisien. Il allait le matin à l'hôpital et le soir au bureau du journal. (4)

 

Cette feuille hebdomadaire traite les questions d'histoire, de morale, d'art, de littérature. La politique lui est interdite mais elle est partout. Le 22 février 1862, dans le n°8, il signe un article Les Martyrs de l'Histoire qu'il conclut par «Honneurs à vous, Conventionnels» (5)

 

Le lendemain il est arrêté avec Taule et Carré, non pas pour leurs écrits mais pour avoir apposé à la Bastille des affiches appelant à une grande manifestation pour le 24 février, à l'occasion du 14è anniversaire de la proclamation de la IIe République en 1848. Il est conduit à la prison de Mazas.

Le 11 avril il est condamné à un mois de prison. En comptant les 47 jours de prison préventive, il séjourna 77 jours à Mazas.

 

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1862

est enfermé à la prison de Mazas, fonde le journal “Le Matin”

Clemenceau y fut profondément malheureux. Il raconta lui-même ce qu'était Mazas dans La Dépêche de Toulouse du 2 août 1894, l'ennui effroyable de la prison, l'état de l'homme acculé dans le réduit où ses regards et ses pensées se heurtent sans cesse aux murs.

 

Il définit le supplice du prisonnier : seul, sous l'œil attentif. Défense de parler ou de chanter. Défense d'être triste, de pleurer. (5)

 

Il n'oubliera pas qu'au bout de trois jours, il était disposé à avouer tout ce qu'on aurait voulu pour abréger d'une heure un pareil régime.

 

Il n'oubliera pas la promenade entre deux grilles, la table encastrée dans le mur, la chaise enchaînée à la table, le pain gluant dit boule de son, le riz avarié dans une eau noirâtre ni l'affiche informant le prisonnier que son ange gardien est enfermé avec lui...(5)

Clemenceau exprimera son désir de voir le législateur et le juge de tâter d'abord de la prison avant de légiférer sur le régime pénitentiaire.

 

Clemenceau sort de Mazas le 12 mai 1872, après 77 jours de détention, plus haineux à l'encontre de l'Empire et Georges part pour l'Aubraie (Vendée) afin d'y respirer un peu d'air auprès de son père qui s'était rendu aussitôt à Paris après son arrestation pour y rencontrer le juge d'instruction et le visiter.

 

Dès son retour à Paris, il lance Le Matin un journal qui ressuscite Le Travail avec Pierre Denis, Andrieux, Desprez, Eugène Carré, Wilfrid de Fonvielle. Le Matin né le 29 juin disparaîtra après huit numéros, le 31 août 1862.

 

Clemenceau ira visiter son ami Ferdinand Taule qui était interné à Sainte-Pélagie au pavillon Est dit Pavillon des Princes. Il y fit la connaissance de deux hommes qui joueront un grand rôle dans sa vie : Auguste Blanqui et Auguste Scheurer-Kestner.

 

Après la disparition du Matin, Clemenceau et Scheurer-Kestner participent à un vaste complot organisé par Blanqui. Ils sont chargés d'aller chercher en Belgique une presse pour monter une imprimerie clandestine dans l'appartement de Clemenceau qu'il partage avec Lafont -un ami nantais. Un commissaire de police qui perquisitionnait dans l'appartement ne trouva rien grâce au sang froid de Clemenceau qui lui tenait une lampe devant les yeux pour l'éblouir. Blanqui fit récupérer le matériel par un de ses «disciples»

 

Une deuxième affaire d'imprimerie clandestine fut tout aussi rocambolesque : matériel transporté de Thann à Strasbourg, déménagement dénoncé à la police par un ami de Scheurer-Kestner de Mulhouse, presse cachée chez la maîtresse d'un étudiant républicain à Paris, police à nouveau informée... et Clemenceau et ses amis durent tout jeter à la Seine. «C'est ainsi que furent noyés mes huit cents francs» écrit Scheurer-Kestner qui avait financé l'opération. (4)

 

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1865

Docteur en médecine à la Faculté de Paris, part pour les Etats-Unis. 


Clemenceau à 24 ans -1865

De 1863 à 1865, Clemenceau ne semble plus avoir d'activités illégales (Scheurer-Kestner voulait enlever Napoléon III, Blanqui lui-même s'y opposa) Il collabora à une revue éphémère Les Ecoles de France dirigée par Charles Longuet, futur gendre de Marx.

Tout en militant, il fallait bien étudier. (4)

 

Les études commençaient à en pâtir. En 1862, il avait été reçu avant dernier à l'internat et n'avait qu'un poste d'interne provisoire à Bicêtre, hôpital peu recherché car éloigné de Paris. En 1863, il n'avait pas réussi à se faire titulariser après quelques soucis disciplinaires qui le conduisirent à l'hôpital de la Pitié. Plutôt que de chercher un troisième concours pour devenir interne titulaire, Clemenceau songe dès juillet 1864 à préparer son doctorat.

 

Il publie sa thèse de doctorat chez J-B.Baillière, Paris, 1865, sous le titre : Thèse soutenue devant la faculté de Médecine de Paris, le 13 mai 1865, par Clemenceau (Georges-Benjamin), né à Mouilleron-en-Pareds (Vendée), ex-interne des hôpitaux de Nantes, ex-interne provisoire des hôpitaux de Paris «De la génération des éléments anatomiques»

Une seconde édition fut publiée en 1867, préfacée par Charles Robin. (4)

 

Clemenceau choisit comme directeur l'un des plus importants professeurs de la Faculté de Médecine : Charles Robin, républicain et positiviste. C'est un matérialiste qui croit à la génération spontanée.

 

«Sa thèse est indiscutablement une thèse fausse sur le plan scientifique, mais son intérêt est ailleurs. Il est d'ordre politique, philosophique et éthique. Pourquoi donc une telle persévérance (...)

Henri Dabot dans son journal donne une réponse qui, à notre avis, peut être une explication valable autant pour Robin que pour Clemenceau, tous deux profondément matérialistes et athées : Mais les incrédules tiennent beaucoup à la doctrine des générations spontanées parce qu'elle tend, ils le croient du moins, à rendre Dieu inutile et la nature assez puissante pour se passer de lui. (...) Tenir pour la génération spontanée, c'est aussi être contre l’Eglise, soutien du pouvoir impérial, (…) ne pas être dans les idées de Napoléon III. Cette affirmation, Clemenceau la reprend dans ses entretiens avec Jean Martet, au moment de la parution de son oeuvre philosophique Au soir de la Pensée en 1928.» (1)

 

Lorsqu'il a son titre de docteur et qu'il semble devoir s'installer professionnellement à Paris, Clemenceau quitte tout brusquement.

Les explications données par les biographes sont multiples : déception sentimentale, lassitude des tracasseries policières après l'incarcération de Mazas, désillusion amicale et politique face à Blanqui, souci financier, désir d'aventure et attirance idéologique pour le Nouveau Monde.

Il part pour les Etats-Unis où la guerre de Sécession vient tout juste de prendre fin pour «aller voir comment elle (la démocratie) fonctionne là-bas» comme il le dit à son père.

 

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1869

va rester en Amérique 4 ans et s'y marie.

Docteur en Médecine le 13 mai 1865, Georges Clemenceau se rend en Angleterre le 25 juillet 1865. Il voulait rencontrer Herbert Spencer et Stuart Mill. Son père Benjamin l'accompagne et le présente aux deux philosophes. Dans le droit fil de sa thèse, il avait l'intention de traduire La Philosophie positive d'Auguste Comte, ouvrage de S.Mill, ce qu'il fit pendant son séjour aux Etats-Unis (publication 1867)

 

Clemenceau débarque avec son ami le Docteur Dourlen à New-York, le 28 septembre 1865. Il habite dans une chambre qui avait été, dit-on, occupée en 1835 par Louis Bonaparte, futur Napoléon III (!).

 

Clemenceau retrouve très vite des compatriotes ou d'anciennes relations parisiennes, fréquente les centres politiques (l'Union Leagle Club ou Tammany Hall siège du parti démocrate), les bibliothèques, les pubs et les restaurants, notamment le Pfaff à Broadway où il pénètre l'intelligentsia new-yorkaise. Il y rencontre le grand journaliste Horace Greeley, patron du New York Tribune, dont l'influence semble considérable sur Clemenceau.

 

Clemenceau envoie quelques chroniques au Temps, journal libéral français, d'abord gratuitement, puis payé à la ligne en 1867, puis payé au mois (150 F) comme «correspondant à l'étranger» Il rédigera 77 «Lettres d'Amérique» de 1865 à 1869 qui peuvent être regroupées en deux grands thèmes : le règlement de la question noire et la reconstruction ; le fonctionnement des institutions fédérales. (1)

 

Tenté par ce pays libre qu'il découvre, il envisage de s'y installer. Son père l'en «dissuade» en lui coupant ses aides financières. Clemenceau s'obstine et c'est Eugen Bush, jeune avocat rencontré à Paris qui l'aide à trouver un poste de professeur de français et d'équitation dans un élégant collège de jeunes filles à Stamford dans le Connecticut. (5)

 

Au début de l'année 1868, Georges Clemenceau s'éprend d'une de ses élèves, Mary Plummer, fille orpheline d'un dentiste de Bristol.

 

Après deux mystérieux retours en France (juin 1868, juin 1869), l'acceptation de Mary puis de son tuteur d'un mariage sans religion, l'union fut célébrée à New-York au 33, 31e Rue Ouest, le 20 juin 1869. Le jeune ménage s'embarque vers la France, le 26 juin 1869.

 

Le jeune étudiant révolutionnaire arrivé quatre ans plutôt, n'est plus. C'est un autre Clemenceau qui rentre.

«Les Etats-Unis paraissent avoir apporté à Clemenceau une chose fondamentale : la nécessité de tempérer le dogmatisme qui lui était naturel par l'empirisme qu'il appellera beaucoup plus tard les choses qui ont l'inconvénient d'être». L'action des hommes d'Etat de la République américaine pouvait atteindre des résultats en dehors du rationalisme et du positivisme appliqués à la politique» (4)

 

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Education et apprentissages
5 septembre 1870

de retour à Paris, est nommé Maire de XVIIIe arrondissement.

Au retour d’Amérique à la mi-1869, le couple fit un séjour à Paris, puis à Gravelines, Nantes et enfin l'Aubraie dans la maison familiale. Clemenceau s'ennuie à en tomber malade en avril 1870 ; en mai il peste contre le plébiscite qui renforce le pouvoir de l'Empire ; le 6 juin naît leur première fille, Madeleine ; le 19 juillet Napoléon III déclare la guerre à la Prusse, début août il laisse les siens et vient s'installer 19, rue Capéron (quartier des Batignoles) chez son ami J.A Lafont.

 

Le 2 septembre, Napoléon III est écrasé à Sedan et fait prisonnier. Quand la nouvelle fut connue, une véritable révolution se déclenche à Paris, la journée du 4 septembre. Clemenceau et Lafont manifestent au Palais-Bourbon. Clemenceau montera à l'assaut du fauteuil présidentiel et réclame la déchéance de l'Empereur. (4)

 

Pendant ce temps, un «gouvernement de la Défense nationale» est proclamé à l’Hôtel de Ville Celui-ci désigna Etienne Arago comme Maire de Paris. Le 5 septembre, Arago nomme son jeune ami Georges Clemenceau comme Maire provisoire du XVIIIe, Montmartre.

 

Le 5 novembre Clemenceau est élu maire du XVIIIe avec 9409 voix. (5)

 

Moins de trois semaines après la chute de l'Empire, les Prussiens commencent d'investir Paris. Clemenceau ne ménage pas sa peine, il collecte des fonds pour acheter des armes, organise la Garde nationale (Blanqui commande le 169è bataillon), veille au ravitaillement des plus démunis, organise les écoles et noue une amitié réciproque qui résistera jusqu'à la fin de leurs vies avec Louise Michel, alors institutrice à Montmartre.

 

Le 28 janvier 1871, les armées républicaines ne contiennent plus l'avancée prussienne et un Armistice est signé malgré les protestations des Parisiens. Guillaume I ne reconnaît pas la légitimité du «gouvernement» Le 8 février les élections se déroulent dans toute la France. Clemenceau est élu dans «la liste de guerre» avec 95 048 voix, le 27è élu. La majorité de droite, favorable à la paix, accepte l'annexion de l'Alsace et la Lorraine malgré l'opposition des républicains. Clemenceau proteste ardemment.

 

Le 18 mars, Thiers propose de faire enlever les 227 canons achetés par les Parisiens. 2000 soldats s'emparent des canons à Montmartre mais sans attelage, ils ne peuvent les évacuer. La foule se mêle à la troupe, les soldats du 88e régiment fraternisent, le général Lecomte donne en vain l'ordre de tirer. Peu après, le général Clément Thomas très hostile à la révolution et fort impopulaire depuis les journées de 1848, est reconnu et arrêté. Ils sont enfermés rue des Rosiers, arrondissement sous la responsabilité de Clemenceau. Malgré son intervention, les généraux sont fusillés. Au milieu des huées et des menaces, il fait relâcher les autres officiers prisonniers et récupérer les dépouilles des fusillés.

 

Honni par les révolutionnaires, suspect aux yeux des «Versaillais», il se bat avec la majorité des maires de Paris pour arrêter cette guerre civile commencée le 18 mars par le geste provocateur de Thiers. La médiation échoue, le 22 mars, il est dépossédé de sa mairie et le 27, démissionne de l'Assemblée Nationale.

 

Il quitte Paris pour le Congrès de Bordeaux mais ne peut plus entrer dans Paris dans la tourmente de «La Commune» Il rejoint la Vendée grâce à un laissez-passer fournit par Waldeck-Rousseau père, poursuivi à la fois par les Versaillais et les Communards. (4)

 

Sources en fin de frise (4) (5)

 

1871

est élu député, démissionne, est élu conseillé municipal du 18e

«Un ami de l'ordre», anonyme, dénonce sa présence en Vendée au Ministère de l'Intérieur, juin 1871 (3)

 

Clemenceau part pour Thann où il se cache chez son ami Scheurer-Kestner.

 

Le 15 juin 1871, il est à Paris et est élu conseiller municipal du quartier de Clignancourt, fraction du XVIIIè, le 30 juillet 1871.

Il passe l'été dans l'Ouest et décide d'organiser sa vie sur les bases suivantes :

 

1-Ne pas exercer la médecine en Vendée mais à Paris où il a déjà -semble-t-il - établi un dispensaire au 23, rue des Trois-Frères sur la butte de Montmartre.

    2-Laisser sa femme, de santé fragile, à l'Aubraie avec sa fille chez ses

parents.

3-Se lancer dans la politique par la voie modeste mais efficace du Conseil municipal de Paris. (4)

 

Clemenceau se bat pour Paris dévasté et délaissé. Sur le terrain, Clemenceau se frotte au quotidien : les impôts locaux «gradués» selon la fortune, le manque de wagons, la pose de «auvents» pour protéger les utilisateurs modestes des omnibus. Il se spécialise de plus en plus : Instruction publique, Assistance publique. Son expérience de médecin des pauvres lui sert à lutter dans le domaine de l'hygiène publique : lutte contre les logements insalubres, déplacement des cimetières, construction de maternités et de laboratoires,...

 

En quatre ans, l'autorité du jeune conseiller est devenue considérable. A 34 ans, le 11 janvier 1875 il est élu secrétaire, le 5 mai vice-président, le 29 novembre président du Conseil municipal de Paris. Elu député en février 1876, il démissionne de son mandat de conseiller municipal le 25 avril 1876.

 

Source en fin de frise (3) (4)

12 février 1873

devient Secrétaire du Conseil Municipal de Paris

20 février 1876

est élu député à Paris

Les élections de février et mars 1876 marquent les débuts de la III République et ouvrent la carrière de Clemenceau.

 

En 1876 il a acquis une notoriété à Montmartre, en 1881 il apparaîtra comme chef incontesté des opposants d'extrême gauche. Il siégera à la Chambre des députés de 1876 à 1893, sans interruption.

 

Clemenceau est un républicain «radical» Le terme avait été adopté par Gambetta dans son «Programme de Belleville» PDF iconprogramme_de_belleville.pdfen 1869 mais il l'avait progressivement édulcoré. Clemenceau à l'inverse tend à durcir la doctrine.

 

D'abord «Gambettiste», Clemenceau va s'en éloigner sinon rompre avec lui. La loi d'amnistie pour les «Communards» sera l'occasion : Gambetta pour «ménager» la droite qui considère tous les communards comme des assassins, propose une amnistie pour 3500 condamnés, mais 700 restent proscrits. Clemenceau veut une grâce pour tous, d'autant que son amie Louise Michel, déportée en Nouvelle-Calédonie, refuse de bénéficier d'une amnistie partielle. Un décret du 10 juillet 1880 gracia les derniers condamnés de la Commune.

 

Clemenceau a obtenu satisfaction, il a perdu l'amitié de Scheurer-Kestner furieux de la division des Républicains et est devenu le chef incontesté de l'extrême gauche de l'assemblée nationale, les radicaux (7)

 

Sources en fin de frise (7)

1880

fonde le journal "La Justice" avec Camille Pelletan, rencontre Marx à Londres

Les lecteurs de journaux étaient les bourgeois. Connaître l’opinion des leaders présentait à leur yeux beaucoup plus d’importances que saisir l’opinion des masses. Et pour le leader, c’était sur ce groupe limité qu’il fallait agir. (4)

 

Clemenceau avait aussi appris aux Etats-Unis le rôle que pouvait jouer la presse dans un régime démocratique, aussi il fonde La Justice avec Camille Pelletan pour représenter le radicalisme. Le journal parut pour la première fois le 15 janvier 1880. Il paraîtra pendant 17 ans.

 

Au fond de la cour de l'imprimerie Schiller, 10 Faubourg-Montmartre, c'est toute une équipe de très jeunes gens qui se retrouve autour du directeur Clemenceau qui, à 39 ans, est le plus âgé du journal.

 

Gustave Geffroy, futur critique d'art renommé, est là, le premier jour. Il deviendra l'un des plus proches amis de Clemenceau et lui fera rencontrer le monde artistique de l'époque (dont Monet qui partagera une amitié extraordinaire avec Clemenceau pendant plus de 50 ans)

 

Il écrit dans son Clemenceau (5) :

 

La Justice fut un journal particulier, non seulement par son allure sévère, qui n'exclut pas l'esprit chez nombre de rédacteurs, à commencer par le directeur et le rédacteur en chef, mais par la parfaite camaraderie et même la profonde amitié qui unissait les collaborateurs. On peut dire que nous formions une grande famille (...)

Il (Clemenceau) laissait à ses collaborateurs une liberté complète de travail et d'expression,(…)

Je n'ai pas besoin de vous dire que nous étions tous «clemencistes», que nous suivions avec enthousiasme, en y aidant de notre mieux, le combat pour la République qu’il menait à la Chambre (...)

 

Léon Daudet, cité par Duroselle (4), décrit à son tour :

 

Monsieur le directeur arrivait entre onze heures et minuit, très chic, habit et cravate blanche, avec cet air à la blague et à la stupeur que connaissent ses familiers, et qui est son attitude devant les évènements, petits et grands. Aussitôt accouraient autour de lui, pleins de cordialité mêlée de respect, ses collaborateurs, ses amis, et Geffroy me poussait le coude : Le patron est de bonne humeur. On va rigoler.

 

Clemenceau rencontre Marx à Londres en mai 1880 grâce à Longuet (le gendre de Marx) Marx crut pouvoir gagner Clemenceau au socialisme grâce à son gendre. Le contraire se produisit : Clemenceau convertit Longuet à un radicalisme vaguement socialiste.

Marx et Engels s'intéressèrent à Clemenceau, la réciproque n'est pas vraie. Clemenceau ne parla jamais de Marx dans ses écrits et discours et l'on ne retrouve aucun ouvrage de Marx (ni d'Engels, de Guesde ou de Lafargue) alors qu'y figurent 16 ouvrages de Proudhon.

 

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1881

expose son bilan au cirque Fernando, est réélu député de Montmartre

Depuis 1879, Clemenceau a l’habitude de présenter son bilan au cirque Fernando.

 

Clemenceau rend compte de son mandat, expose magistralement ce qu'il souhaite concrètement et fait le point des réformes républicaines au vu du «Programme de Belleville». PDF iconprogramme_de_belleville.pdf

Le dimanche 11 avril 1880 est un exemple de «ces bilans annuels» et le texte de cet exposé occupait deux pages pleines de La Justice. Entre le discours de 1880 et celui de 1881, plusieurs lois ont été votées mais, de toute façon, Clemenceau les a trouvées insuffisantes.

«Cette politique à laquelle on a donné le nom impropre d'opportunisme et qu'il faut appeler de son nom véritable, l'empirisme, la doctrine de tous ceux qui n'ont pas de doctrine, [...] l'art de trouver des expédients plus ou moins ingénieux»

1-les maires sont toujours nommés et non élus

2-la presse vit toujours sous le régime de la tolérance, c'est à dire du bon plaisir

3-le droit de réunions sous le régime de la tolérance, c'est à dire du bon plaisir

4-la liberté d'association n'est reconnue que pour l'église

5-la magistrature n'est pas désignée par l'élection

6-le service militaire n'est pas égal pour tous

7-l'instruction gratuite, obligatoire et laïque n'est pas en vigueur

8-«Il n'y a qu'une solution, séparer l'Eglise de l'Etat» (4)

 

Pendant cinquante ans de vie politique, Clemenceau se battra pour ce programme «radical» Conscient de sa réputation de «tombeur de ministère», il s'en explique à Draguignan, le 14 septembre 1885 : «Si, par stabilité ministérielle, on entend l'obligation de soutenir en tout temps, et quoi qu'il fasse, un ministère quelconque, alors le régime représentatif n'est plus qu'une duperie» (4)

 

Jean-François Raffaëlli représentera Clemenceau au cirque Fernando, au centre de l'estrade, entouré de 24 personnalités proches de l'orateur (huile sur toile H. 2,43 ; L.2.05 col. Château de Versailles / étude du portrait de Clemenceau. Col. Musée Clemenceau, Paris / première esquisse H.0,15 ; L.0,11 Musée des deux victoires)

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1885

est réélu député, opte pour le Var

1889

est réélu député dans le Var au second tour

1892

divorce

Clemenceau eut des maîtresses, il observait en ce domaine une extrême réserve. Mais lorsqu'il découvrit que sa femme, à son tour, s'était trouvée un amant -un normalien qui donnait des répétitions à ses enfants-, il se sentit fort humilié.

Le seul récit approximatif provient du Journal d'Edmond Goncourt :

 

«Il faisait suivre sa femme - Une de ses filles lui dit : Tu n'arriveras à rien, c'est son amant qu'il faut faire suivre - On surprend le couple amoureux. La femme est menée à la préfecture de police. Si elle ne donne pas son consentement à un divorce on la fera conduire en prison. On la fait embarquer pour les Etats-Unis, en lui concédant d'avoir pour compagnon de voyage son amant. Elle arrivait à New-York que déjà les magistrats français avaient prononcé le divorce.» (4)

 

Plus tard, Mary Plumer reviendra en France. Ses enfants la reverront, mais jamais son ex-mari. Elle mourra le 13 septembre 1922 à Paris, rue de la Convention.

Après son divorce, aucune femme n'a jamais vécu avec lui.

 

Georges Wormser, note que Clemenceau estime dès sa jeunesse que les sentiments intimes doivent rester cachés, c'est faiblesse de les manifester.

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3 septembre 1893

perd son siège de député du Var. Première défaite.

Clemenceau, chef des Radicaux, fait peur aux Opportunistes et aux Conservateurs. Il n'est pas appelé à gouverner mais son influence est très importante sur la vie politique.

L'«affaire Boulanger»* et le «scandale de Panama»** mettront fin -momentanément- à sa carrière politique, le 3 septembre 1893.

 

* L’«affaire Boulanger»:

Le général Georges Ernest Boulanger est républicain - fait rarissime dans une armée majoritairement conservatrice- Il est également un ancien camarade de lycée de Clemenceau.

En 1886 et 1887, Clemenceau soutiendra deux gouvernements à condition que le ministère de la Guerre soit confié à Boulanger. Clemenceau lui demande de conduire les réformes de démocratisation de l'armée (7)

Le général Boulanger devient très populaire, trop pour Clemenceau : Le boulangisme n'est pas un parti, c'est une manifestation religieuse. Clemenceau va le combattre quand le général tentera de faire adopter une révision constitutionnelle avec le soutien des Royalistes et qu'il sera poussé par ses amis à prendre la tête d'un coup d'Etat.

Aux élections de 1889, les boulangistes obtiennent 38 sièges, les républicains 366, les conservateurs 172 (4)

Le Boulangisme s'achève avec le suicide du général. Clemenceau resta pour beaucoup celui qui porta Boulanger au pouvoir afin d'accroître sa propre influence et de satisfaire son ambition (7)

 

**Le «scandale de Panama» :

Ferdinand de Lesseps, fort de la réussite du canal de Suez, fonde une compagnie pour construire un canal reliant Panama (l’Atlantique) à Colon (le Pacifique)

Ayant sous-estimé le coût de l’opération, il demande à l’Etat de pouvoir faire appel à l’épargne publique. La commission spéciale chargée d’étudier cette possibilité s’y refusait jusqu’au retournement d’un membre qui changea «brusquement»d’avis et fit basculer le vote. Le dépôt de bilan qui ne put être évité le 14 décembre 1888 ruina 85 000 porteurs. Par la suite, l’on apprit que le retournement du membre de la commission n’était pas sans rapport avec les largesses de la compagnie et le journal La Libre Parole assurera que 104 membres du Parlement auraient bénéficié d’un «chèque» Des listes circulèrent et Georges Clemenceau fut visé.

 

L’un des bénéficiaires des chèques de Panama a été un des actionnaires de La Justice, journal de Clemenceau. Après une campagne de presse extrêmement agressive, malgré l’évidence de la fausseté du document indiquant la somme de 20000 livres sterling attribuée à Clemenceau, malgré le discours de Salernes -l’un des plus beaux de sa carrière politique- où il se présente debout, prêt à rendre des comptes aux électeurs, il perdra son siège dans le Var (9)

1895

publie "La mêlée sociale", s'installe, 8, rue Franklin à Paris

Après l’échec aux élections le 3 septembre 1893, Clemenceau est seul, couvert de dettes et abandonné par une partie de ses relations qui le croit corrompu (7)

 

Il se montre décidé à faire face et entreprend la rédaction d’articles quotidiens dans ses propres journaux et à la pige.

Le 30 septembre 1893, «La Justice» annonce qu’elle publiera un article de Clemenceau chaque matin et le 3 octobre 1893 il titre son premier éditorial quotidien «En avant».

Avec une constance sans faille, Clemenceau écrira journellement jusqu’au 15 novembre 1917, deux jours avant d’être appelé au pouvoir à l’âge de 76 ans pour y assumer les charges de Président du Conseil et de ministre de la guerre.

Duroselle , en s’appuyant sur les chiffres de Gustave Geffroy, estime à 1445 le nombre d’articles signés Clemenceau entre 1893 et 1902.

 

La Mêlée Sociale, est un recueil qui regroupe 98 articles de La Justice précédés d’une longue préface où Clemenceau expose sa philosophie matérialiste et sa conception de l’évolution de la vie qui est une lutte. L’opposition riches/pauvres traverse l’ensemble de l’ouvrage et les articles sont divisés en trois parties: En bas, En haut et Tout en haut. Les personnages appartiennent à la société toute entière: patrons, grands industriels, ouvriers, paysans, juifs, prostituées, bourgeoises, curés, artistes, députés, chômeurs, vieillards, enfants (1).

 

Clemenceau entreprend une analyse de la société française qui doit déboucher sur l’action immédiate. «L’Etat doit faire des réformes générales et l’individu se réformer lui-même» (4)

 

Clemenceau ne fonctionne pas selon une solidarité de classe mais dans une perspective d’affranchissement et de progrès de l’Humanité, se rapprochant en cela des philosophes du XVIIIe siècle (1)

 

Clemenceau s’installe au 8, rue Franklin en 1895. Il vivra près de 35 ans dans cet appartement situé au rez-de-chaussée d’un immeuble sur cour: quatre pièces donnant sur un jardin qui surplombe le boulevard Delessert. Aujourdh’ui devenu musée ( http://www.musee-clemenceau.fr/fr/index.php ), Clemenceau y planta des rosiers qu’ils entretenaient soigneusement.

 

1896

publie "Le Grand Pan"

Le Grand Pan, comme La Mêlée sociale est un recueil d’articles et de nouvelles publiés dans les journaux parisiens. La préface, Le Grand Pan, a donné le titre à l’ouvrage. Les articles ou les nouvelles sont présentés en deux grandes parties: les champs et la ville.

La préface est une somme culturelle. Très longue (84 pages), elle est une réflexion historique et philosophique qui se déploie en trois mouvements. Le premier narre la genèse du mythe de Pan, le second décrit le choc des civilisations grecque et romaine, le troisième est un hymne à la vie et au monde(1)

 

Les pages du Grand Pan et de sa préface, après la description de la lutte entre les êtres qui est la sujet de la Mêlée Sociale, apportent la belle, complexe et étendue distraction de la vie à l’homme en proie à la tourmente des idées et des évènements.

 

Un seul remède à tous les maux, l’action: «Pan» nous commande. Il faut agir. L’action est le principe, l’action est le moyen, l’action est le but. L’action obstinée de tout homme au profit de tous, l’action désintéressée, supérieure aux puériles glorioles, aux rémunérations des rêves d’éternité comme aux désespérances des batailles perdues ou de l’inéluctable mort, l’action en évolution d’idéal, unique force et totale vertu» (5)

 

Clemenceau étant athée par excellence, son but est de substituer au Dieu pittoresque des Grecs le mot symbolique Pan. La préface s’efforce de développer une philosophie «panthéiste», ce qui a pour principal résultat de tout rapporter à la nature physique immanente et de ne plus croire à un Dieu conscient ni à la métaphysique. C’est un «jeu de mot» Clemenceau écarte le dieu grec et adhère au Grand Tout (4)

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1897

devient rédacteur du journal "L'aurore"

1898

publie l'article de Zola "J'accuse" dans "L'Aurore", publie "Les plus Forts"* et "Au Pied du Sinaï"**

Le 19 octobre 1897, Clemenceau quitte le journal La Justice pour L’Aurore. Presque aussitôt, le journal se trouva célèbre par l’affaire Dreyfus et il devint bientôt le centre de la campagne Dreyfusarde. De la à dire qu’il avait été fondé pour cela, il n’y avait qu’un pas. Il fut franchi au mépris de la vérité. Clemenceau n’était pas favorable à Dreyfus. Il avait cru, comme à peu près tout le monde, à sa culpabilité. Clemenceau publia donc, le 25 décembre 1894, un article sur la «trahison» de Dreyfus qu’il qualifiera plus tard de cruel et qu’il placera loyalement, en guise de préface, en tête des articles qu’il écrivit à l’Aurore pour la révision du procès Dreyfus et la réhabilitation de l’accusé.

 

Il fut renseigné par son ami de jeunesse Scheurer-Kestner, ainsi que Arthur Ranc et Bernard-Lazare sur les «illégalités» et les «huis clos» qui aboutirent à l’arrestation, puis à la condamnation et à la déportation d’Alfred Dreyfus sur la communication d’une pièce dont l’accusé, ni son défenseur, n’avaient eu aucune connaissance. Du jour où il comprit, Clemenceau décida de lutter chaque jour pour la réparation de l’illégalité puis pour la découverte de la vérité (5)

 

Il ne fut pas seul dans ce combat où l’action de Zola fut décisive. Le 13 janvier 1898, Emile Zola le plus connu des écrivains de l’époque, signe un grand article intitulé «Lettre ouverte au président de la République», Félix Faure. Clemenceau trouve le titre J’accuse et l’Aurore le publie avec un titre en lettres énormes. Le tirage du jour atteint les 300 000 exemplaires et «l’affaire» lancée.

 

Clemenceau écrira 665 articles qui furent publiés chez Stock en 7 volumes:

L’iniquité (1899) du 1er novembre 1897 au 20 juillet 1898: 162 articles

Vers la réparation (1899) du 21 juillet 1898 au 11 décembre 1898: 135 articles

Contre la Justice (1900) du 12 décembre 1898 au 31 mars 1899: 102

Des Juges (1901) du 1 avril au 11 mai 189: 40 articles

Justice militaire (1901) du 12 mai 1899 au 22 août 1899: 83 articles

Injustice militaire (1902) du 23 août 1899 au 16 décembre 1899: 78 articles

La Honte (1903) du 24 septembre 1899 au 3 novembre 1901: 65 articles (4)

 

*«Les plus forts»

Ce roman de Clemenceau parut d’abord dans l’Illustration (21 août au 4 décembre 1897), avec des dessins de Jeanniot. Roman conçu d’abord sous la forme d’une pièce qui fut achevée plus tard et faillit être jouée au Théâtre de Vaudeville. (5)

L’histoire est relativement simple: le marquis Henri de Puymaufray (son manoir ressemble singulièrement à l’Aubraie) après avoir «vécu brillamment» s’est retiré dans sa propriété. Il avait connu le grand amour avec Claire, épouse de l’industriel Dominique Harlé et Claude était née de cet union. Le père légal -qui ne sait pas- veut lui faire épouser un aristocrate, le vrai père, un explorateur. S’y greffe -heureusement- une histoire sociale. Clemenceau dénonce les conditions des ouvriers dans la papeterie de Harlé mais pour le pessimisme de Clemenceau, il est «normal» que les plus forts gagnent même s’ils sont les plus méchants et qu’une jeune fille de la bonne société préfère le «brillant» aux valeurs. Il est normal que les ouvriers grévistes soient vaincus... car ils ne doivent pas utiliser de violence.

 

En trame, on voit apparaître les signes précurseurs de la grande déchirure qui s’opérera entre le Clemenceau - l’ancien chef de l’extrême gauche et l’aile active révolutionnaire du mouvement ouvrier français.(4)

 

**«Au pied du Sinaï», paraît chez l’éditeur Fleury avec des illustrations de Henri de Toulouse-Lautrec. Sortir un ouvrage dont le titre reprend le nom de «Sinaï» (Le Baron Sinaï roman antisémite haineux de Gyp, paru en 1897) aurait pu entacher sérieusement l’image de l’auteur. Il n’en fut rien, au contraire. Ecrit par un dreyfusard actif et convaincu, l’ouvrage ne manifeste nulle ambiguïté dans son fond et sa forme(...) Pour Clemenceau, une religion ne définit pas un homme. Ce postulat de départ est essentiel pour comprendre son raisonnement. Partant de là, il y a des riches, il y a des pauvres et ceux-ci peuvent être mahométans, chrétiens, juifs (...) De ce fait, l’association race, religion et classe sociale est une ineptie. (...) Ces principes étant établis, le discours de Clemenceau est libre, et lorsqu’il trace le portrait d’un grand capitaliste juif, il dénonce non pas le juif mais le riche. La déshumanisation du capitalisme est un thème récurrent dans l’œuvre de Clemenceau comme l’est la dénonciation de la misère (1)

1900

publie "Au Fil des Jours"

Au fil des jours continue Le Grand Pan ; c’est la même recherche de l’action de vivre à travers les fatalités naturelles. La division du livre classe ainsi les phénomènes, les arrêts, les réflexions:

 

- Par les routes où revivent les souvenirs du village et des champs de Vendée

 

- Par les rues où les idées d’humanité se confrontent aux réalités sociales, aux scènes de mœurs qui s’offrent à la contemplation et à la critique par chaque mouvement de la vie de Paris, avec des études de politiques, d’artistes, d’écrivains: Blanqui, Constantin Meunier, Octave Mirbeau;

 

- Par monts et par vaux, où l’observation et la réflexion du voyageur vont de Carlsbad à Venise, du Pithécanthrope à Bismarck

 

- Par les chemins du ciel, dissertations rapides, d’une logique inflexible, sur les croyances, les sorcelleries, les miracles, marquées au coin de l’esprit d’un fils du XVIII e siècle, nourri des fruits de l’arbre de la science (5)

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1901

créé le journal "Le Bloc" et publie "Le Voile du Bonheur"

Clemenceau quitte L’Aurore en décembre 1899, préférant assumer seul la direction d’une politique et d’un journal. Le journal quotidien tardant, il fond et rédige seul le Bloc, gazette hebdomadaire. Le premier numéro est daté du 27 janvier 1901, le dernier du 25 mars 1902.

 

Le titre était inspiré de son discours prononcé à la Chambre en 1891 lors de l’interdiction du Thermidor de Sardou où il donna sa fameuse définition: «La révolution est un bloc»

 

On y trouve des échos de l’affaire Dreyfus, des articles de politique, de sociologie, de littérature, tels que: Pour la Patrie; discussion avec Jaurès et Fournière sur les congrégations; dénonciation des spéculations; critiques de drames ; défense des sous-marins contre les cuirassés; de la nécessité des retraites ouvrières; examen du programme du Parti Radical, la question du Maroc, aperçu sur la Chine; définition du rôle des instituteurs; la journée de 8 heures... Ce travail varié où apparaît une appréciation experte des faits politiques, une prescience singulière des conflits d’intérêts à travers le monde, se trouva interrompu par l’offre d’une candidature au Sénat dans le Var (5)

 

Sa pièce en 1 acte, Le voile du bonheur, fut représentée pour la première fois le 4 novembre 1901 au Théâtre de la Renaissance. La pièce dont la musique avait pourtant été composée par Gabriel Fauré ne connut qu’un succès d’estime. Elle fut pourtant reprise en 1911 à l’Opéra-Comique avec une musique de Charles Pons. Le 6 janvier 1923, Clemenceau signa un contrat avec M.Violet pour l’adaptation cinématographique de la pièce. A ce jour, ce film n’a pas été retrouvé.

 

L’intrigue: Un mandarin de 45 ans est marié. Il est aveugle mais continue à mener une vie publique grâce à l’attention d’un vieux sage et d’un jeune mandarin. Il recouvre la vue grâce à un remède et découvre le monde qui l’entoure: un ami qui le vole, un fils qui lui désobéit, une femme qui le trompe avec le jeune mandarin. Désespéré face à la laideur du monde, il se brûle les yeux pour échapper «aux mensonges de la lumière»

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1902

est élu sénateur du Var

L’affaire Dreyfus a lavé Clemenceau des soupçons de corruption qui l’ont éclaboussé lors du scandale de Panama. A nouveau, on le perçoit comme un homme politique courageux, épris d’idéal. En avril 1902, il est élu au Palais du Luxembourg, où il décide de siéger dans le fauteuil occupé par Victor Hugo en 1876. Son entrée est remarquée, parfois avec ironie: vingt ans plutôt, le chef des radicaux avait dénoncé l’existence même du Sénat, peu représentative de la souveraineté populaire.

 

L’affaire Dreyfus a attisé le conflit entre la France laïque et la France catholique. Les élections de 1902 ont installé au pouvoir une majorité radicale farouchement anticléricale, cependant le Président du Conseil, Emile Combes, mène une politique trop violente et sectaire au goût de Clemenceau qui contribuera à sa chute en janvier 1905.

 

Aux yeux de tous, Clemenceau apparaît moins dogmatique, plus conciliant. Il retrouve donc sa place à la tête de la gauche non révolutionnaire, celle qui s’oppose aux Socialistes qui ne conçoivent le salut des plus modestes que dans le «Grand Soir» Aussi en mars 1906, est-il appelé au poste de ministre de l’Intérieur. (7)

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L’entrée en politique
1906

est nommé ministre de l'Intérieur puis président du Conseil

Le 13 mars 1906, Clemenceau est ministre de l’Intérieur dans le cabinet Sarrien. Il s’installe place Beauvau avec Albert Sarraut, sous-secrétaire d’Etat et Winter, chef de cabinet. Il a 65 ans.

 

Clemenceau réalisa pendant plus de trois ans la modernisation de la police. Son rôle ne fut pas direct, en réalité, «Les Brigades du Tigre» devraient s’appeler «Les Brigades Hennion» Le mérite de Clemenceau fut précisément d’avoir trouvé Hennion qui ne tarda pas à déceler toutes les carences de l’organisation policière en matière de sûreté générale: Hennion dote le pays d’une organisation dominée par une grande idée: une police préventive plus que répressive, capable d’assurer l’ordre au-delà des frontières car son schéma permettra la création d’Interpol (4)

 

Dès octobre Clemenceau accède à la responsabilité de Président du Conseil qu’il cumule avec le portefeuille de l’Intérieur. Pour quelqu’un qui n’a jamais été au pouvoir, cette accélération de carrière est inédite. Clemenceau forme un gouvernement marqué à gauche: création d’un ministère du travail et de l’hygiène, projet d’un impôt sur le revenu qui assurerait la redistribution des richesses (7)

 

L’époque est marquée par une intensification des mouvements sociaux. Des grèves, longues et violentes, sont encouragées par les Socialistes (unifiés depuis avril 1905 dans la SFIO de Jean Jaurès) et par la CGT qui s’est donnée un programme depuis octobre 1906, la Charte d’Amiens qui vise à exercer une action “directement contre le patronat” Clemenceau voulait entreprendre la réalisation d’un vaste programme social (journée de 10 heures, retraites, contrats collectifs) mais le Sénat bloque les projets de lois votés par la Chambre. Aucune réforme législative n’aboutit.

 

Clemenceau aime l’ordre et, en tant que ministre de l’Intérieur, il a pour mission de le garantir. Il est dit-il «le premier flic de France» Aussi cet homme de gauche autoritaire devient-il un «briseur de grève» qui n’hésite pas à envoyer la troupe si les négociations échouent (7)

 

1903

publie "Aux embuscades de la vie "

Aux embuscades de la vie par ses trois parties: Dans la foi; Dans l’ordre établi; Dans l’amour, raconte les luttes de l’homme contre les rêves des croyances, contre les idées et les faits qui forment le tissu social, enfin contre l’homme lui-même, champ de bataille éternel des sentiments, des passions, des chimères. (5)

 

Certains des chapitres des «embuscades» composent l’ouvrage les Figures de Vendée, publié par Plon en 1930 et l’ouvrage A travers champs publié en 1997 par Le Cherche midi éditeur.

 

1909

est réélu Sénateur du Var. Chute du cabinet Clemenceau

Clemenceau est réélu sénateur du var, le 3 janvier 1909.

Le 9 janvier, la France et l’Allemagne signent un accord réglant les affaires marocaines. Du 9 au 15 juillet, les Assemblées règlent la retraite des cheminots.

Le 16 juillet, les Assemblées votent le projet de réorganisation de l’artillerie. C’est le dernier acte de Clemenceau au pouvoir.

 

Au cours d’un débat sur la marine entre le ministre Alfred picard, Delcassé, président de la commission d’enquête, et Clemenceau, président du conseil, celui-ci ne put s’empêcher de rappeler à Delcassé que ses grands projets politiques avaient conduit à Algésiras (conférence sur le Maroc, compromis considéré par certain comme une humiliation) et aggrava son attaque par ses paroles: «Vous étiez ministre des Affaires Etrangères; votre politique nous a menés à la plus grande humiliation que nous ayons connu depuis 20 ans». (5)

 

Le Président du Conseil est mis en minorité sur le champ. La chambre par 212 voix contre 175, donna raison à delcassé. Clemenceau porta la démission du ministère au président de la République et suggéra Briand comme son successeur. Son gouvernement, qui aura duré près de trois ans, fut l’un des plus longs de la troisième République.

 

1910

part pour l'Amérique du Sud

Clemenceau est réélu sénateur du Var, le 3 janvier 1909.

Le 9 janvier, la France et l’Allemagne signent un accord réglant les affaires marocaines.

 

Du 9 au 15 juillet, les Assemblées règlent la retraite des cheminots.

Le 16 juillet, les Assemblées votent le projet de réorganisation de l’artillerie. C’est le dernier acte de Clemenceau au pouvoir.

 

Au cours d’un débat sur la marine entre le ministre Alfred Picard, Delcassé, président de la commission d’enquête, et Clemenceau, président du conseil, celui-ci ne put s’empêcher de rappeler à Delcassé que ses grands projets politiques avaient conduit à Algésiras (conférence sur le Maroc, compromis considéré par certains comme une humiliation) et aggrava son attaque par ses paroles: «Vous étiez ministre des Affaires Etrangères; votre politique nous a menés à la plus grande humiliation que nous ayons connue depuis 20 ans»(5)

 

Le Président du Conseil est mis en minorité sur le champ.

 

Clemenceau s’embarque le 30 juin 1910 à Naples sur le Regina Elena, vers la République argentine et le Brésil, pour y faire une série de conférences. A une intense curiosité pour tout ce qui était exotique s’ajoutait un évident besoin d’argent. Il venait d’acheter une grande maison à Bernouville en 1908, et les personnalités argentines qui l’invitèrent lui avaient offert des honoraires considérables.

 

Clemenceau avait préparé huit conférences. Il en donna une neuvième à la demande des Argentins. Il fit aussi en Amérique du sud, çà et là, de nombreuses allocutions improvisées, et répéta deux ou trois fois l’une ou l’autre des conférences :

La démocratie en général

La démocratie dans l’Antiquité

La démocratie et le Parlement

Les rapports Parlement-gouvernement

La démocratie sociale

La démocratie, la guerre et la paix

Les rapports de l’Eglise et de l’Etat dans une démocratie

Conclusions d’un visiteur sur l’Argentine (conférence demandée en supplément par les Argentins)

Démocratie et éducation (à Sao Paulo)

 

Le voyage de Clemenceau eut d’importants effets dans le domaine de la propriété littéraire. Les Argentins n’avaient pas adhéré aux accords internationaux et se permettaient de reproduire les livres ou de jouer des pièces de théâtre sans verser de droits aux auteurs. Une troupe Le grand Guignol voulut profiter du passage de Clemenceau pour jouer Le voile du bonheur. Clemenceau tenta de s’y opposer, la représentation fut un succès. Clemenceau adressa au directeur une lettre qu’il communiqua à la presse, n’hésitant pas à parler de «pirateriet de «question de dignité» pour la nation argentine. L’émotion fut assez forte pour que l’Argentine adhérât, dans les jours, à la convention internationale sur la propriété littéraire (4)

 

A son retour, l’Illustration lui demanda ses notes de voyage en Amérique du Sud; il n’avait rien écrit car «c’est un grand ennui de coucher ses impressions noir sur blanc -toujours pour une manifestation d’impuissance- au moment précis où l’on sent le plus vivement»; il se mit à la tâche.

 

Publié en feuilleton dans l’Illustration, puis édité par Hachette en 1911. En 1991, la collection UNESCO œuvres représentatives réédita les Notes de voyage dans l’Amérique du Sud. Argentine-Uruguay-Brésil. Jean-Louis Marfaing, conclut ainsi la préface de cette réédition (11):

 

«L’exemple de Clemenceau, voyageur, grand reporter, politique, est à suivre: la lecture de ses notes de voyage invite l’honnête homme à une réflexion décapante sur l’étranger et sur lui-même; elle lui apprendra à découvrir en acceptant le risque de se trouver lui-même découvert»

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6 mai 1913

fonde le journal "L'homme Libre"

Il apparaissait de plus en plus que Clemenceau avait besoin d’un journal parisien où il pourrait publier ses éditoriaux quotidiens. Le premier numéro de L’homme libre parut le 6 mai 1913. Clemenceau, écrit Zévaès, ne veut faire ni un journal moderne ni un journal de grande information; il veut faire un journal selon l’ancienne formule de La Justice, c’est-à-dire l’article du leader, entouré de quelques informations (4).

 

Aux élections législatives du printemps 1914, la gauche l’emporte. Le Parlement vote l’impôt sur le revenu que le Tigre réclamait depuis plus de quarante ans: il servira à financer la guerre, plutôt que des programmes sociaux

 

Depuis 1913, la menace de conflit en Europe se faisait pressante. Le jour tant redouté arriva. A la suite du meurtre de Sarajevo, prétexte dont s’emparèrent l‘Autriche et l’Allemagne pour déclarer la guerre à la Russie le 1er août 1914 et à la France le 3. Le gouvernement se replie à Bordeaux. Clemenceau suit et réorganise la publication de l’Homme libre sur les presses de La Dépêche de Toulouse.

 

Cet observateur se révèle bien vite très encombrant. Déjà, réflexe de vieux médecin, il dénonce le scandale du transport des premiers blessés dans des wagons à bestiaux infects. La censure ne tarde pas à suspendre son journal: l’Homme libre change de titre et devient l’Homme enchaîné (7)

 

L’Homme enchaîné était lu, chaque jour, par plus de cent mille lecteurs; les visites incessantes d’inconnus, de soldats en permission, les lettres venues de tous les points du pays, encourageaient Clemenceau dans la voie douloureuse où il était engagé, et au bout de laquelle on pouvait espérer voir briller la victoire. Jour après jour, il devenait la force en réserve sur laquelle la France pouvait compter (5)

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L'homme d'état
1914

"L'Homme Libre" devient "L'Homme Enchaîné"

1915

préside la Commission des Armées et la Commission des Affaires étrangères

1917

devient Président du Conseil et ministre de la guerre.

En 1915, Clemenceau, sénateur du Var, se fait élire membre, puis président des commissions de l’armée et des affaires étrangères du Sénat. Il suit de très près les questions de ravitaillement, de santé, des munitions, de l’armement, des embusqués. En 1916, un contrôle parlementaire est institué: la supériorité du pouvoir civil est réaffirmée sur le pouvoir militaire. «La guerre est une chose trop sérieuse pour qu’on la laisse aux militaires»

Clemenceau est un homme de terrain et il est le seul homme politique qui monte sur le front depuis octobre 1915. Il y gagne la confiance des hommes.

 

Au début 1917, deux stratégies s’affrontent: tenir et attendre les Américains (souhait de Pétain) ou attaquer avant que les Allemands ne tirent parti de la défection russe, option choisie par Nivelle. Le 16 avril 1917, ce dernier lance une offensive sur le Chemin des Dames à Verdun. C’est une boucherie qui se solde par un échec. Conséquences, mutineries à l’avant, grèves à l’arrière, Nivelle révoqué, Pétain à la tête de l’armée, les gouvernements se renversent (mars, septembre, novembre) et le découragement gagne. (7)

 

Le président de la République, Poincaré, appela Clemenceau qui accepta le pouvoir à soixante-seize ans. En moins de 24 heures, le 16 novembre 1917, le ministère Clemenceau est constitué. Clemenceau est Président du Conseil et ministre de la guerre. Il s’installe, rue Saint Dominique au Ministère de la Guerre.

 

Le 20 novembre, Clemenceau, selon la tradition de la IIIe République, présenta son gouvernement à la Chambre. Son discours d’investiture n’apportait aucun programme détaillé mais il est un appel à l’énergie et à la victoire:

 

«Nous nous présentons devant vous avec l’unique pensée d’une guerre intégrale. Plus de campagnes pacifistes, plus de menées allemandes, ni trahison, ni demi-trahison: la guerre. Rien que la guerre. Nos armées ne seront pas prises entre deux feux. La justice passe. Le pays connaîtra qu’il est défendu» (5)

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11 novembre 1918

annonce la signature de l'Armistice

Clemenceau s’entoure d’une équipe de fidèles. Très pessimiste sur la situation, il agit très vite.

A l’intérieur, il lance une campagne d’épuration contre les pacifistes qu’il tient pour traîtres. Contre le défaitisme, il purge 7 généraux qui se trouvaient à la tête de grandes unités et les remplace par des hommes qu’il juge «capables» Pour pallier le manque d’effectifs, il fait reprendre le recrutement de troupes coloniales (près de 60 000 en 1918) et pourchasse les embusqués (100 000 repartent sur le front)

 

Il tâche d’accélérer l’arrivée des Américains.

 

Il pèse de tout son poids pour obtenir l’institution d’un commandement unique interallié. Celui-ci est confié au général français Foch, le 26 mars 1918.

Le charisme et l’énergie de Clemenceau redonnent du moral aux soldats et aux civils (7)

 

Le mois de juillet 1918 marque l’arrêt allemand et l’offensive des Alliés.

Le 18 juillet commence le recul allemand qui va se changer en déroute. Ils repassent la Marne, abandonnent Soissons, Noyon, Péronne, Coucy, Tergnier. Les Américains entrent à Saint-Mihiel, les villes du Nord sont encerclées, les Alliés entrent à Saint-Quentin, Cambrai, Laon, Lille, Ostende. Le Nord de la France et la Belgique sont sur le point d’être délivrés. L’armée allemande ne peut plus échapper à la défaite et va demander la cessation des hostilités, l’Armistice et la paix.

 

Le 5 octobre, l’Allemagne, l’Autriche et la Turquie demandent l’Armistice et la paix. Pendant les pourparlers, l’avance des Alliés continue.

 

Le 6 novembre, Clemenceau lut à la Chambre les conditions de l’Armistice imposées à l’Autriche. Il fait savoir que les termes de l’Armistice demandé par l’Allemagne ont été fixés.

 

Les hostilités cessèrent le 11 novembre à 11 heures.

 

Le 11 novembre, un peu avant 16 heures, Clemenceau entra dans la salle des séances du Palais-Bourbon au milieu des acclamations. Il donna lectures des clauses de l’armistice et ajouta quelques mots que l’on ne peut employer que dans de tels moments qui sont rares dans l’histoire d’un peuple. Une telle intensité de sentiments ne peut être qu’éphémère (4):

 

«En cette heure terrible, grande et magnifique, mon devoir est accompli [...] Honneur à nos grands morts qui nous ont fait cette victoire [...] Quant aux vivants, que nous accueillerons quand ils passeront sur nos boulevards, vers l’Arc de Triomphe, qu’ils soient salués d’avance! Nous les attendons pour la grande œuvre de reconstruction sociale. Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours le soldat de l’idéal»

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La guerre 1914-1918
1919

préside la Conférence de la paix et signe le Traité à Versailles. est blessé dans un attentat perpétré par l'anarchiste Cottin le 19 février.

Le 16 novembre 1918, Clemenceau en compagnie de Gustave Geffroy va chez Claude Monet à Giverny où il choisit les deux toiles de Nymphéas que le peintre offrait à la France pour la victoire.

Le 3 décembre 1918, Clemenceau est à Londres avec le Maréchal Foch.

Le 8 décembre, il entre à Metz puis à Strasbourg, en compagnie du Président de la République.

 

Le 17 janvier 1919, après un séjour à la Tranche-sur-Mer (Vendée), Clemenceau est à son poste à la Conférence avec les délégués français: Pichon, Klotz, Tardieu, Cambon, Dutasta. Le président de la République des Etats-Unis demanda que Clemenceau soit nommé président de la conférence de la Paix, décision qui fit l’unanimité.

 

Le 14 février 1919, la Charte de la Société des Nations est votée.

Le 19 février 1919, Emile Cottin, jeune anarchiste de 23 ans ( né le 14 mars 1896 à Creil ) tire 10 balles sur la voiture de Clemenceau. L’un des trois projectiles qui le touchèrent pénétra à proximité de la colonne vertébrale et traversa le poumon. Cottin comparut le 14 mars 1919 devant le 3è Conseil de Guerre et fut condamné à mort. Le 8 avril Clemenceau fait commuer la peine de mort en 10 ans de réclusion. Il est libéré le 21 août 1924 par René Renoult, un «ami» à qui Clemenceau avait offert son siège de sénateur du Var en 1920.

 

Le 7 mai à 15 heures, il reçut, à Trianon-Palace, les plénipotentiaires allemands. Cinquante jours plus tard, le traité fut signé dans la galerie des Glaces, où l’Empire allemand avait été proclamé en 1871.

 

Clemenceau exigeait une «paix de droit», une «paix de justice», qui assurerait la sécurité de la France. Le traité de Versailles constituera l’aboutissement de près de six mois de discussions épineuses entre les quatre principaux vainqueurs, Anglais, Italiens, Américains et Français. C’est une paix de compromis généreuse car sans annexion territoriale, mais sévère: l’Allemagne qui doit payer des réparations est désignée comme la responsable du conflit.

 

Le Président américain, persuadé que la Société des Nations garantira la paix, est parvenu à atténuer les exigences françaises. Il s’est engagé au nom de son pays à faire respecter le traité mais le Sénat des USA ne ratifiera jamais. Cet engagement de Wilson sera très vite caduc.

Foch et Poincaré reprochent à Clemenceau d’avoir cédé devant les Alliés.

Les Allemands, non conviés aux négociations, dénoncent déjà le «diktat»

D’une si mauvaise paix, qui porte en elle tous les germes d’un conflit plus dévastateur encore, Clemenceau doit-il vraiment être tenu pour seul responsable? (7)

 

Le traité fut ratifié le 2 octobre par 372 voix contre 53, les conventions militaires avec l’Angleterre et les USA, approuvées à l’unanimité des 501 votants. Au Sénat, tout fut approuvé à l’unanimité moins une voix (5)

On a coutume de dire: Clemenceau a gagné la guerre, mais il a perdu la paix. Le problème est plus complexe (4)

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Le père la Victoire
janvier 1920

démissionne de la vie politique après l'élection de Deschanel à la Présidence de la République.

La guerre gagnée, les traités de paix négociés et ratifiés, la coalition du Bloc national rassemblée autour de sa personne, que reste-t-il à faire pour Clemenceau? [...] Peut-il poursuivre une action politique ordinaire? N’est-il pas temps pour lui de se retirer de la vie publique, couvert de gloire? Il existe une solution intermédiaire: être candidat à la présidence de la République. Le mandat de Raymond Poincaré s’achève le 18 février 1920.

 

[...] Clemenceau pense que le Président de la République peut jouer un grand rôle en politique étrangère. C’est cela qui continue à lui sembler l’essentiel, veiller à l’application des traités.

 

[...] Pour un homme comme Clemenceau, il n’est pas imaginable de faire campagne pour être élu. Il laisse donc faire ses amis.

 

[...] Les obstacles à une marche triomphale de Clemenceau vers la présidence sont fort nombreux. Beaucoup de suffrages lui sont aliénés par le peu de considération que cet apôtre du parlementarisme porte aux parlementaires. [...] La coalition qu’il a menée à la victoire électorale est dominée par la droite laïque (Fédération républicaine) mais aussi par la droite cléricale (Action Française) Or Clemenceau n’a en rien adouci son anticléricalisme d’antan. Il ne peut guère compter sur les parlementaires catholiques et il ne fait rien pour cela en réaffirmant qu’il ne rétablira pas les relations diplomatiques avec le Vatican. [...] Beaucoup de Socialistes lui sont violemment hostiles et les Radicaux ne lui sont guère favorables.

 

[...] Clemenceau doit aussi subir les effets d’une série d’intrigues: Poincaré qui peut difficilement que cet homme qu’il déteste lui succède, le maréchal Foch qui ne lui pardonne pas le compromis sue la rive gauche du Rhin.

 

[...] L’attitude de Clemenceau, candidat sans être candidat, ne facilite rien. Paul Deschanel n’aurait jamais osé se présenter si celui-ci avait véritablement fait acte de candidature.

 

[...] Il est traditionnel que les républicains choisissent leur candidat dans un vote préalable. Ce vote préliminaire a lieu le 16 janvier 1920: Deschanel distance Clemenceau, 408 voix contre 389. Ces 19 voix de retard, Clemenceau les aurait rattrapées sans difficulté, d’autant que 120 parlementaires n’ont pas pris part à ce vote. Aussitôt, Clemenceau informe qu’il retire à ses amis l’autorisation de poser sa candidature à la présidence de la République.

 

Le 17 janvier, Paul Deschanel est élu président de la République. Clemenceau démissionne de la présidence du Conseil le 18 janvier 1920 (10)

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9 octobre 1921

rencontre le Capitaine de Lattre à Mouilleron en Pareds

Clemenceau préside l'inauguration du monument aux morts de Mouilleron mais il est là pour l'avenir. «Il ne faut pas me souhaiter longue vie» Alors que tous s'attendent aux petites phrases assassines du Tigre concernant l'actualité du moment, il va improviser – selon l'expression de l'envoyé spécial du journal "Le Phare" de Nantes un hymne à l'unité nationale : «J'ai toujours été le même ; la vie m'a enseigné beaucoup, j'ai fini par reconnaître que certaines idées ne devaient pas être mises au même plan qu'auparavant, mais j'ai toujours reconnu qu'il n'y a rien de supérieur au sentiment de fraternité nationale de tous les Français. Nous avons des motifs supérieurs de nous aimer et de nous unir».

 

A cette occasion, il offrira au village – en souvenir – une photo qu'il dédicacera «Clemenceau, un bon Mouilleronnais» et offrira à la mairie un bronze de Gardet : La ville de Paris vient de m'offrir un magnifique bronze -un tigre terrassant un aigle- en souvenir de la guerre gagnée. Je ne crois pouvoir mieux faire que de l'offrir à la Mairie de mon village natal. Vous lui trouverez facilement une belle place dans votre salle de séances et nos bons concitoyens se réjouiront, j'espère, de l'hommage rendu à l'un d'eux par notre Capitale pour sa participation à la grandeur de l'oeuvre commune. (courrier au maire, Roger de Lattre, 31 mars 1921)


 

Ce jour là, Clemenceau est invité par le Maire de Mouilleron, Roger de Lattre, un monarchiste catholique, lecteur de l’Action Française, à franchir le seuil de la maison Hénault; Jules Hénault, son beau-père, ancien maire, qui avait refusé l’accès à la maison commune à ce même Clemenceau, en 1906.

Ce jour là, il va rencontrer le fils du maire, le jeune capitaine de Lattre qui deviendra Maréchal de France, trente et un an plus tard.

La division politique française avait également divisé le petit village, village frontière entre plaine et bocage, catholiques et protestants, royalistes et républicains.

La réconciliation mouilleronnaise, va, à l’inverse, devenir un symbole de la réconciliation des «familles vendéennes», de la Vendée avec la France républicaine, un symbole de l’unité nationale.

Le discours de Clemenceau et cette réconciliation seront à l'origine du musée national des deux victoires. Ce thème sera repris à Mouilleron-en-Pareds par tous les politiques venus rendre hommage aux deux natifs du village.

Soixante six ans plus tard, face à ce monument, le Président François Mitterrand évoquera Clemenceau et de Lattre et «la volonté nationale, elle-même faite de tant de contraire mais une et forte quand il le faut», le 11 novembre 1987 (Service de presse Présidence de la République)

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1922

part en voyage aux Etats-Unis

Entre le 4 février 1920 et le 20 décembre 1922, Clemenceau entreprit trois grands voyages:

En Egypte et au Soudan, du 4 février au 21 avril 1920,

En Asie du Sud-Est, du 20 septembre 1920 jusqu’en mai 1921

Aux Etats-Unis, du 11 novembre au 20 décembre 1922.

 

Aux Etats-Unis, les frais de voyage de Clemenceau et de ses collaborateurs furent couverts par six articles publiés dans le World.

Le mythe du militarisme.

Le matérialisme économique

Réactions de défaite et de victoire

La révolte allemande

La France veut vivre

L’ordre européen.

 

Le paquebot accosta à New-York le 18 novembre. La foule était innombrable et criait «Hurrah pour Clemenceau», «Hurrah pour le vieux Tigre» Les grandes artères étaient pavoisées. Au City Hall, le maire lui souhaita la bienvenue, Clemenceau répondit: Je viens expliquer à l’Amérique que la France n’est ni militariste ni impérialiste et que, si elle maintient une armée forte, c’est parce qu’elle n’a pas, dans l‘état actuel de l’Europe, d’autres garanties. Que ces garanties soient, et nous désarmerons. (4)

 

Le 21 novembre 1922, 5000 personnes l’écoutent au Metropolitan Opéra House; le 22 novembre, 1000 au Carlton Hotel; le 24 novembre à Boston, 3000 personnes; le 26 novembre, 25 000 à Chicago; le 3 décembre, 3000 à Saint-Louis,...

 

Tous ces discours, prononcés en anglais, répètent souvent les mêmes thèmes et témoignent d’une lumineuse clarté d’esprit. D’abord, Clemenceau expliqua qu’il n’était venu en Amérique ni pour donner des conseils ni pour quelque intérêt personnel que ce soit. Il aborda le problème de la «sécurité de la Patrie»: Pendant plus de cinquante ans j’ai été mêlé aux crises les plus pénibles de la France. Pensez-y! Dans une seule vie, j’ai vu mon pays envahi deux fois par les Germains. Je suis le seul survivant de ceux qui ont protesté contre l’annexion (Alsace-Lorraine en 1870). Je ne veux pas que l’annexion recommence. (4)

 

Ce voyage et ces mots furent censurés par l’Amérique isolationniste et en France. Ce ne fut pas un succès auprès des Américains venus trop tard et repartis trop tôt.

 

Au sujet de cette ultime tentative de Clemenceau pour sauver le Traité de Versailles, Georges Wormser cite un article de Roland de Marès dans Le Temps du 26 novembre 1922:

 

«Cela est très beau et très grand [...] C’est peut-être une erreur politique [...] C’est peut-être un geste inutile, [...] mais cela restera dans l’histoire comme un élan venu du plus profond du cœur humain» (4)

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1923

débute sa correspondance avec Marguerite Baldensperger

Marguerite Baldensperger était l’épouse d’un éminent professeur, pionnier de la littérature comparée. Leur fille aînée était morte le 6 mars 1922 et elle avait quitté le domicile strasbourgeois pour habiter dans les Vosges puis à Paris.

 

En contact avec Pierre Bucher -qui avait contribué d’une façon efficace, avant 1914, au maintient de la pensée française en Alsace. Directeur de la Revue alsacienne illustrée, des Cahiers alsaciens, fondateur du Musée alsacien de Strasbourg - elle souhaitait faire écrire, par une élite d’écrivains, des volumes à la fois simples et sérieux. Responsable de la collection Nobles vies - Grandes œuvres chez Plon, elle écrivit à Clemenceau le dimanche 29 avril 1923.

 

Le 3 mai, à 10h35, elle sonne à la porte de Clemenceau, au 8, rue Franklin et, de fil en aiguille, Clemenceau se mit à parler de Démosthène, «un homme a qui je dois beaucoup» dit-il. Un double processus se déclencha alors. D’une part, Clemenceau se sentit séduit par cette femme; d’autre part, elle réussit à retarder sa recherche philosophique Au soir de la pensée pour qu’il écrive - en un mois pensait-il - un Démosthène à l’intention des jeunes.

 

Le 21 juin 1923, elle retourne chez Clemenceau. Laissons-la raconter(12):

 

-Pardonnez-moi, Madame, de qui êtes-vous en deuil?

(Touchée par cette question, je lui dis notre malheur, nos angoisses passées et mon désespoir. Un grand silence. Très ému, il me dit: )

-Je vais beaucoup penser à vous? Il faut reprendre le goût de la vie. Il faut lutter. Je vous aiderai.

(Puis, me tendant sa main à travers la table:)

-Mettez votre main dans la mienne. Voilà. Je vous aiderai à vivre et vous m’aiderez à mourir. Tel est notre pacte. Embrassons-nous.

 

Au cours des six années où je (Marguerite Baldensperger) le (Clemenceau) vis chaque jour, et où, pendant nos séparations, la lettre quotidienne remplaçait l’heure ou les deux heures de causerie, je puis dire que je n’ai vu en lui que grandeur, élévation de la pensée, frémissement du cœur. (12)

 

Pierre Brive - qui est Pierre Baldensperger, fils de Marguerite - entreprit l’édition des Lettres à une amie, près de sept cents lettres de septembre 1923 à novembre 1929. Beaucoup plus libre et spontané, Clemenceau écrivain, est plein d’esprit, il sait voir et faire voir. Il passe d’un ton à l’autre, de la maxime moraliste au trait d’humour. Ces lettres reflètent, de façon la plus spontanée et directe, ce que Georges Clemenceau a fait, pensé, été entre sa 82ème et sa 88ème année.

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1926

publie "Démosthène"

Le 3 mai 1923, à 10h35, Marguerite Baldensperger souhaitait faire écrire, par une élite d’écrivains, des volumes à la fois simples et sérieux. Responsable de la collection Nobles vies - Grandes œuvres chez Plon, elle sonne à la porte de Clemenceau, rue Franklin à Paris et de Clemenceau se mit à parler de Démosthène, «un homme a qui je dois beaucoup» dit-il. Elle réussit à retarder sa recherche philosophique Au soir de la pensée pour qu’il écrive -en un mois pensait-il- un Démosthène à l’intention des jeunes.

 

Le mardi 30 juin 1925, il lui écrit: Démosthène est commencé. Le 7 août: J’ai mis ce matin le trait final à Démosthène. (12)

 

Le Tigre avait une admiration pour la Grèce. Pour lui, il y avait bien des similitudes entre Athènes et la France: un sommet de culture, une grande bravoure, une grande inconstance. Démosthène ne ressemblait-il pas à Clemenceau, non au Clemenceau de la victoire, mais à celui qui contemplait, dans les années 20, l’érosion, l’effritement et la démolition de son œuvre? «Le drame d’une vie dépensée, dans l’unique effort de sauver de lui-même le peuple le plus idéaliste, par la légèreté duquel le plus bel idéal de lumière humaine allait affreusement succomber» Dans ce milieu si troublé, Démosthène «met tout son espoir dans la puissance de sa parole» Voici qui décrit aussi bien Clemenceau que Démosthène. «La force qui l’emporta de haute lutte sur toutes les autres est dans l’inébranlable résolution d’une conscience qui veut et fait parce qu’elle croit» La grandeur de Démosthène est que sa gloire ne vint pas de la violence; il n’en voulut que pour résister à une violence plus grande.

 

«Quand Denys d’Halicarnasse nous donne Démosthène pour le grand orateur de tous les temps, je me permets de trouver la louange insuffisante, puisque la parole ne peut être que vain bruit sans l’action. Au sens achevé du mot, Démosthène fut un homme. C’est assez. A bien y regarder, c’est beaucoup» (4)

 

Clemenceau n'a pas écrit ses mémoires, mais le Démosthène publié chez Plon peut être considéré comme une biographie en trompe-l’œil, «une oeuvre-gigogne à la lisière de l’autobiographie» comme l'analyse Sylvie Brodziak, «reflet de son propre destin» comme l'écrit Jean-Noël Jeanneney.

 

Charles Pons le mit en musique:

Je suis allé hier entendre Démosthène au piano avec Dufrene pour chanter. Cela fera beaucoup de bruit.[...] Je n’ose pas vous dire que cela vaille la peine de vous déranger. 3 janvier 1928 (12)

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1927

publie "Au soir de la pensée"

Au soir de la pensée est, dans sa fabrication, l’ouvrage d’une équipe. Sans le formaliser, Clemenceau a voulu obtenir des conseils; et parfois, les réclamait en urgence. Clemenceau n’était plus dans la solitude du créateur. Clemenceau, régulièrement souffrant, devait envoyer des éclaireurs dans les bibliothèques. Vu la complexité des thèmes abordés, vu son exigence de scientificité et d’exactitude, il était obsédé par l’erreur et la vérification. Devant un tel comportement, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer le gain de maturité et d’exigence dans ses recherches. Nous sommes loin du jeune étudiant qui, dans une thèse scientifiquement erronée, glissait vers l’acte de foi en Robin et en la République pour satisfaire des convictions idéologiques déjà existentielles. Si les idées souvent demeurent les mêmes, elles veulent désormais être incontestablement justes (1)

 

Testament philosophique?

Ce très gros livre en deux volumes (459 pages et 496 pages), Clemenceau y travaille depuis 1921.

 

Matérialiste, athée, largement positiviste, il avait en même temps la conviction que la vie n’était concevable que par l’action et que cette action devait tendre vers l’achèvement de la justice et de la liberté.

 

Comment, dans le monde de la matière et de la science, serait-il possible d’accepter l’existence d’un idéal qu’on serait bien forcé d’appeler «moral» N’était-il pas contradictoire de croire à la fois en un implacable enchaînement de lois positives et en l’existence implacable d’un idéal qui, par définition, ne saurait dériver de la matière. Dans Au soir de la pensée, Clemenceau se débat contre ce dilemme.

 

Il a voulu faire un examen de ses connaissances: une synthèse et non une compilation.

Qu’ose-je donc proposer? Simplement d’établir un bilan des connaissances positives du monde et de nous-mêmes avec leur cortège d’interprétations et même d’hypothèses.

On part de l’homme, du moi, de ce que l’on appelle son libre arbitre. Dans la mentalité primitive, l’homme explique l’inconnu par des dieux. Mais il progresse: «rêver, penser», puis «connaître» et aboutir à la science, à l’hypothèse, à la lente conquête de l’inconnu. (6 premiers chapitres)

Viennent ensuite trois chapitres intitulés Symboles, Cosmogonies, Cosmologies. Une cosmologie, c’est l’idée d’engendrement du Cosmos. Or, pour Clemenceau, celui-ci n’a pu être engendré, créé. Une cosmologie, c’est une explication d’ensemble. Elles sont de plus en plus scientifiques.

Le second volume est une vaste fresque de l’évolution. L’atome -matière énergie. De l’atome à la terre, avec les périodes géologiques et paléontologiques. Puis l’évolution, à la fois biologique et psychologique.

Les trois derniers chapitres s’intitulent: Les âges primitifs, Civilisation, Et après? Clemenceau termine en étudiant la mort (4)

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1928

publie "Claude Monet, les Nymphéas"

Leur relation fut longue et chaleureuse, comme en témoigne leur correspondance, composée presque exclusivement des 153 lettres de G.Clemenceau apportées à sa mort par Madame Blanche Monet, rue Franklin (Georges Clemenceau à son ami Claude Monet, éditions de la Réunion des Musées Nationaux, 1993 )

 

[...]Trois grands évènements ponctuent cette amitié que nous considèrerons en sa production littéraire

 

-l’article de la Justice du 20 mai 1895 sur «Les cathédrales» repris dans Le grand Pan et Claude Monet, les Nymphéas,

 

-le conte Réflexions philosophiques du Très-haut sur le Très-bas ou l’histoire

merveilleuse d’un aveugle qui ne voulait pas se laisser ouvrir les yeux écrit en mai 1922 par Clemenceau pour que Monet veuille bien se faire opérer de la cataracte.

 

-Claude Monet, les Nymphéas, paru en 1928.

 

[...]Clemenceau saisit, dès 1895, l’essence même de la peinture de Monet. L’amitié va aller croissante, en 1899, Monet peint le tableau Le bloc pour Clemenceau; Clemenceau sera le maître d’ouvrage et le maître d’oeuvre de l’installation des Nymphéas à l’Orangerie (inauguration le 17 mai 1927)

 

[...]Une fois l’ami disparu (5 décembre 1926), cette proximité devient fusion, nous semble-t-il, dans Claude Monet, les Nymphéas. Cet ouvrage est une nouvelle proposition de Marguerite Baldensperger pour sa collection Nobles vies - Grandes œuvres chez Plon.

 

[...] Mais avant de commencer ce qui n’est en aucun cas une biographie, Clemenceau éprouva le besoin d’aller en pèlerinage à Giverny pour mieux comprendre ce que l’artiste pouvait ressentir. [...] A côté de cette mise en condition mentale et psychologique, comme toujours Clemenceau fait des recherches théoriques. [...] Puis Clemenceau énonce le cadre de son analyse: il sera avant tout celui de l’émotion et de l’humanité. [...] En dernier lieu, Clemenceau annonce son ambition de montrer en quoi l’œuvre de Monet permet à tout homme de se fondre dans l’univers et “d’assimiler de nouveaux aspects des énergies universelles”

 

[...] Nous posons d’emblée le constat suivant: pour notre auteur, Monet est l’incarnation du mythe de Prométhée. Le Titan apporta le feu aux Hommes, Monet leur donna la lumière. [...]Tel un héros, un demi-dieu, Monet voit au-delà des apparences. [...] Cette héroïsation permet de faire de Monet, non pas un dieu, mais cet “homme achevé”, but ultime du progrès de l’Humanité.

 

[...] Monet - Prométhée est aussi aimé et admiré avant tout pour sa lutte, sa quête d’une idée: la lumière. Monet, comme Clemenceau est un homme d’idéal. [...] Cette correspondance est renforcée par l’existence d’un point commun de départ entre la science et l’art.

 

[...] Monet et Clemenceau, tous deux athées, se rejoignent par la peinture et l’écriture dans l’art et regardent, main dans la main, l’Univers.

 

[...] Clemenceau a su, mieux que tout autre, par l’écriture traduire la pensée et les intentions de Monet. [...] En laissant, dans Claude Monet, les Nymphéas, parler son cœur et son imaginaire, il est devenu enfin artiste (1)

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1929

rédige son livre "Grandeur et Misères d'une Victoires"

Le 10 avril 1929, Clemenceau fit venir chez lui rue Franklin son ancien secrétaire et ami Jean Martet et lui annonça que le directeur de l’Illustration venait de lui apporter les feuilles d’un article d’un certain Raymond Recouly où il était question de Foch, de l’Armistice, de la rive gauche du Rhin, du démembrement de l’Allemagne. Que devait-il faire? Il en était fort préoccupé. Un simple communiqué? «Je ne répondrai pas. D’ailleurs on ne polémique pas sur un cercueil»

 

Le 17 avril, son opinion avait changé. Il avait reçu le livre Le Mémorial de Foch, qui devait paraître le lendemain. Cette fois, il décida de répondre. On ne pouvait pas laisser cela sans réponse. «J’étais mort. Ils m’ont ressuscité.» De cette date à son trépas, Clemenceau allait se lancer dans la tâche de répondre aux affirmations sans nuances contenues dans ce livre.

 

[...] Analysons rapidement Grandeurs et Misères d’une Victoire. Nous y distinguerons quatre éléments:

une préface à laquelle Clemenceau a beaucoup travaillé,

une vigoureuse attaque contre Foch, notamment à propos du Chemin des Dames en mai 1918 et des crises d’insubordination militaire,

une défense du traité de paix contre d’injustes critiques,

une étude des mutilations du traité

 

[...] Pour cette vaste entreprise - un livre de 374 pages in-8° publié chez Plon en 1930 - Clemenceau a disposé de 7 mois, du 17 avril 1929 jusqu’à sa mort, le 24. Il fut admirablement aidé par tous ses collaborateurs mais c’est lui et lui seul qui conçut le plan et écrivit l’ouvrage, malgré sa fatigue croissante et l’approche, dont il était bien conscient - de la crise finale.

 

[...] Cette empoignade entre les deux «grands hommes» de la guerre peina beaucoup de Français. On peut seulement relever que l’initiative n’était pas venue de Clemenceau (4)

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24 novembre 1929

Décède à son domicile parisien

Pendant ces dernières années, les épreuves se succédèrent sans relâche. Sa sœur Sophie est morte subitement en 1923. En 1926, il avait perdu ses deux meilleurs amis, Gustave Geffroy et Claude Monet. Sa sœur Adrienne mourut le 23 novembre 1927. Quinze jours plus tard, le 5 décembre, son jeune frère Albert, entré en clinique pour une opération bénigne, mourut en quelques minutes d’une angine de poitrine. Sa sœur aînée, Emma Jacquet, devait disparaître à son tour en novembre 1928. Tous ces deuils avaient provoqué en lui une tristesse profonde. Il passa les sept derniers mois de sa vie en s’épuisant à écrire "Grandeur et misères d’une victoire".

Les problèmes de santé s’accumulent toute l’année et le 17 novembre, Mordacq le voit et lui trouve “ une mine affreuse ” Ce fut leur dernière rencontre. A partir du 21, la situation empira. Clemenceau, soigné par la sœur Théoneste, souffrait d’une crise d’urémie. “ Le cœur devenait mauvais, la respiration de plus en plus pénible, les reins fonctionnaient très mal ” Tout portait à croire qu’il souffrait beaucoup. Il mourut le 24 novembre à 1 heure 45 du matin. (4)

Clemenceau vécu près de 35 ans dans cet appartement, au rez-de-chaussée d’un immeuble sur cour : quatre pièces donnant sur un jardin qui surplombe le boulevard Delessert. Clemenceau y planta des rosiers qu’il entretenaient soigneusement.
Après la première guerre mondiale, L.S. Douglas, un ami américain, acheta la maison de la rue Franklin afin que Clemenceau puisse y finir sa vie, sans soucis financiers.
Grâce à la donation de ses enfants, tout y a été conservé dans le même état que de son vivant. Ouvert au public le 29 novembre 1931, sous l’appellation «Musée Clemenceau», il est administré par La Fondation Musée Clemenceau et La Société des Amis de Clemenceau y a son siège.

Une campagne de travaux d’entretien dans l’appartement et la mise en valeur du musée (nouvelle muséographie, audio-guide,...) ont eu lieu récemment avec le soutien financier du Ministère de l’Intérieur. Le musée fut officiellement réouvert le 1er juin 2004.

 

  
  

Testament rédigé par Clemenceau, le 28 mars 1929

Je veux être enterré au "Colombier" à côté de mon père. Mon corps sera conduit de la maison mortuaire au lieu d’inhumation sans aucun cortège. Aucune ablation ne sera pratiquée. Ni manifestation, ni invitation, ni cérémonie.

Autour de la fosse, rien qu’une grille de fer, sans nom, comme pour mon père. Dans mon cercueil, je veux qu’on place ma canne à pomme de fer qui est de ma jeunesse et le petit coffret recouvert de peau de chèvre qui se trouve au coin gauche de l’étage supérieur de mon armoire à glace. On y laissera le petit livre qui y fut déposé par la main de ma chère maman.
Enfin, on y joindra deux bouquets de fleurs desséchées qui sont sur la cheminée de ma chambre qui donne accès au jardin. On mettra le petit bouquet dans l’obus qui contient le grand, et le tout sera déposé à côté de moi.

Je nomme mon très cher ami Nicolas Pietri mon exécuteur testamentaire, en lui adjoignant Me Pournin, avocat, et mon fils Michel, et je les remercie de la peine que cela pourra leur donner.

 

L’inhumation

Le dimanche 24 novembre 1929, Georges Wormser et Jean Martet veillèrent le mort. Les anciens officiers du cabinet militaire, menés par Mordacq, se relayèrent pour monter la garde. Le sculpteur François Sicard prit le masque mortuaire. A 18 heures eut lieu la mise en bière.

Le 25 novembre à 2 heures du matin, l’auto transportant le corps partit pour le Colombier. De Mouchamps, le cortège se rendit au Colombier. Tous les gens du pays étaient venus. On transporta le cercueil dans la fosse, creusée la nuit précédente par Brabant avec les gens du pays. Chacun jeta une petite motte de terre. La cérémonie a été des plus courtes.
Clemenceau reposait dans la terre de sa Vendée natale, à vingt kilomètres de Mouilleron où il était né un peu plus de quatre-vingt huit ans plutôt. (4)

 

Le Colombier de Mouchamps

Il y a les hommages au bord de sa sépulture qu'il a souhaité "avec rien qu'une grille de fer sans nom comme pour mon père", sous l'arbre de la liberté planté par son père en 1848 à deux pas du Colombier, une maison de famille depuis que Louis-Daniel Clemenceau épousa à l'église de Vendrenne, en Vendée, Charlotte Soulard le 27 juillet 1700 qui l'apporta en dot. Sophie Clemenceau, conseillée notemment par son frère Georges, vendit le Colombier de Mouchamps en 1921.

En 1922, les 6 enfants de Benjamin firent donation du terrain où se trouvait la tombe de leur père, à charge pour la commune d'entretenir les lieux moyennant un titre de rente. «Les donateurs se réservaient le droit de s'y faire inhumer, droit ne s'applicant pas à leurs héritiers ou descendants».

Seul, Georges fit jouer cette clause.

Il fit placer sur le lieu de la sépulture une reproduction, réalisée par son ami François Sicard, d'un bas-relief de Samos représentant une Minerve s'appuyant sur une lance dont la pointe affleure le sol.

La déesse de l'original appuyait sa lance sur un manuscrit figurant un traité, symbolisant ainsi la Sagesse qui veille au respect des accords passés entre les peuples. La lance est pointée sur la tombe de Georges Clemenceau. (14)

Le Général de Gaulle s'y réfère le 11 novembre 1941, de Londres, au micro de la BBC. Il évoque la tombe du "Père la Victoire" qui ne pourra y dormir tranquille qu'après la Victoire. Il vint s'y recueillir le 12 mai 1946. Hommage du président Vincent Auriol le 9 novembre 1951, du président Herriot en 1955, de Mme Giscard d'Estaing en 1978, du président François Mitterrand le 11 novembre 1987.

Et il y a «les pèlerins du silence» toujours très nombreux après 75 ans.

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25 novembre 1929

est inhumé à Mouchamps (85)

Le vieil homme infatigable